Les cols des Fanns

Au jour le jour

Les cols des Fanns

Ca y est, nous sommes au Tadjikistan ! Avant de vous en dire plus, quelques mots de contexte. Dans la communauté des cyclovoyageurs, il existe quelques routes mythiques. Parmi elles, se détachent trois : la Carretera Australe (Chili), la Karakoram highway (plus haute route au monde entre le Pakistan et la Chine, peu empruntée en ce moment même si C&C l’ont prise) et la fameuse Pamir Highway (2ème plus haute route au monde) qui se trouve au Tadjikistan !
Rentrer dans ce pays n’est donc pas anodin pour toute personne qui a passé un peu de temps à lire sur des blogs de voyages à vélo ! On sait que nous attendent des paysages à couper le souffle qui seront atteints grâce à de difficiles coups de pédales sur des routes non asphaltées à plus de 4000m d’altitude.
Avant d’entrer dans le Pamir sur la fameuse M41, récit d’un début en douceur de la frontière Penjikent jusqu’à la capitale Dushanbe.

On part de Samarcande direction la frontière tadjike. On a fait notre demande de e-visa il y a 3 jours mais avec le week-end, notre dossier n’a pas été traité, on espère que la situation se débloquera dans la journée et au pire, on dormira juste avant la frontière.
Le paysage change déjà, tout est beaucoup plus vert : on retrouve avec surprise des fleuves non asséchés et des bas côtés avec de l’eau qui coule dedans !

On s’arrête faire quelques courses, on résiste aux énormes melons (aussi gros que les pastèques) qui nous font de l’œil. J’en profite pour prendre une photo des bouchers qui vendent du mouton, ce, afin de vous parler des… fesses des moutons d’Asie Centrale ! Comme vous pouvez le constater, les moutons ici ont un énorme bourrelet de peau derrière les fesses. Quand ils sont vivants, ça se balance à chaque pas, c’est assez rigolo. La version carcasse n’en est pas moins impressionnante…

Il est à peine midi et on n’est plus qu’à quelques kilomètres de la frontière, on va s’arrêter déjeuner puis on verra si on arrive à traverser dans l’aprem. On commence à déballer nos affaires, Claude jette un coup d’œil à ses mails et… son visa est prêt ! On vérifie, c’est aussi bon pour Gabriel et moi, tout a été validé il y a 10 minutes ! On remballe tout et on se dirige vers la frontière.
Côté ouzbèke, nos affaires passent aux rayons x (finalement, peut-être que notre drone aurait été bloqué à la sortie ?). Côté tadjike, nos visas sont à peine vérifiés, personne ne jette un coup d’œil à nos affaires. On tend nos passeports au garde à la sortie qui ne les regarde même pas et nous jette un “welcome to Tadjikistan !”, facile ! Un énorme panneau montre la photo des 2 présidents qui se serrent la main, cette frontière n’est ouverte que depuis mars alors qu’elle était fermée depuis des années (entre 8 et 15 ans selon les sources). Le nouveau président ouzbèke semble beaucoup plus ouvert que le précédent, il travaille beaucoup au développement du tourisme d’ailleurs.

La réouverture de cette frontière est très importante pour la vallée de Penjikent qui s’était retrouvée très isolée. On observe d’ailleurs que le commerce a repris, des hommes passent la frontière avec des chariots de melons ouzbèkes. Symboliquement, la vallée renoue aussi avec son passé de route de la soie.
A peine la frontière passée, on est frappés par le changement du paysage : le désert a laissé place aux montagnes !

Après notre pause dej, on s’arrête sur les conseils de Camille et Gaëtan, au site archéologique de Sarazm. On n’aura pas eu la chance d’avoir la visite par l’archéologue mais on est quand même impressionnés par les lieux : une ville était installée là il y a 6000 ans et était un (le plus?) gros centre exportateur de métallurgie de la région.

On s’arrête dans la ville de Penjikent où on s’installe dans une charmante auberge qui a ouvert quelques semaines plus tôt. Le propriétaire des lieux nous donne des conseils pour la rando que nous souhaitons faire.
C’est ainsi que le lendemain, nous abandonnons nos vélos pour partir pendant 3 jours avec Gabriel à l’assaut des cols des Fanns (les montagnes locales). A défaut de bon sac à dos de rando, Claude porte le sac rouge, Gabriel une grande sacoche avec l’accessoire sac à dos et moi le petit sac bleu. Ce n’est pas l’idéal mais ça fait l’affaire ! (nos épaules s’en rappelleront quelques jours tout de même 😉 )

On prend un taxi partagé depuis Penjikent jusqu’à la vallée d’Artush. En début d’aprem, on monte 700m le long d’un cours d’eau qui se transforme rapidement en cascade. Ça monte raide et ce parfois dans le sable et les graviers. On est impressionnés par les petits ânes qui dévalent les pentes chargés de bois ou de sacs. (certaines des photos à suivre sont de Gabriel, merci à lui pour le partage !)

Ils nous font parfois de la peine (et pas qu’un peu), certains maîtres n’hésitent pas à leur donner des coups de bâtons sur la tête, ils ont des blessures…. Nombreux d’entre eux ont aussi les naseaux fendus, ce serait pour faciliter leur respiration, cela ressemble surtout à de la mutilation…
On en verra beaucoup qui portent les affaires de groupes de touristes, on est bien contents de ne pas participer à leur exploitation.

En haut de la côte, nous attend une superbe vallée pleine de lacs. On plante la tente à côté de l’un d’entre eux et on refuse gentiment les invitations des tadjikes à venir visiteur leur magasin “piva (bière), vodka”. Le soleil se couche et on est ravis de sortir nos polaires, ça faisait tellement longtemps qu’on n’avait pas ressenti la sensation de froid ! Même moi en suis ravie ! On se réchauffe auprès d’un feu et on s’endort sous les étoiles. Ayant bu du thé pour prévenir le mal d’altitude (qu’on aura finalement pas ressenti), je me lève la nuit pour découvrir le ciel qui se reflète dans le lac. C’est magnifique !!

Le lendemain, on monte au Laudin pass, on est un peu plus essoufflés que d’habitude en haut mais finalement, on s’attendait à pire. Le paysage est très sec avec plein de nuances de jaunes, gris et rouges.

Quelques heures plus bas, on traverse un camp de vacances russe (point de base pour des sorties d’alpinisme et d’escalade) et une vallée très humide remplie de ruisseaux, c’est très beau !

On arrive au lac Alaudin où on pose la tente pour un 2nd bivouac. On y croisera une petite belette.

Le réveil avec le lever du soleil est superbe. On repart tôt pour l’ascension de l’Alaudin pass qui sera le point culminant de ces 3 jours (3850m). On sait qu’on a une grosse journée qui nous attend : 1100m de montée jusqu’au col puis 1800m de descente jusqu’au camp de base d’Artush.

En haut du col, on sort les manteaux pour se protéger du vent qui fait chuter la température. Les chargements des ânes sont resserrés avant d’attaquer la descente.

On déjeunera en face d’un glacier. On entend à plusieurs reprises des craquements et des gros bruits d’éboulements, probablement des avalanches.

On descend jusqu’au dernier lac, le grand lac de Kulikalon qui est lui aussi magnifique.

On commence à avoir bien mal aux jambes. Chaque arrêt est suivi d’une danse toute particulière que composent les premiers pas. 😉 Il faut bien le dire, avec nos 5 mois de vélo dans les pattes, on s’est sentis bien en forme et… on a un peu surévalué notre forme physique ! On a choisi l’option “grosse journée” mais avec le recul, on aurait s’arrêter dormir au lac et redescendre tranquillement le lendemain jusqu’à Artush en profitant plus du lac.

On poursuit donc bon gré mal gré la descente jusqu’à arriver au camp de base d’où on appelle un taxi. On est épuisés mais heureux !

Sur le chemin du retour, on passe devant la tombe de Rudaki, un célèbre poète persan. La conduite de notre chauffeur est un peu trop sportive à notre goût, surtout qu’il se rafraichit à coup de bière… On sera contents d’arriver sains et saufs à l’auberge ! Ce passage aura en tout cas quelque peu refroidi Gabriel qui, depuis, a troqué son chapeau contre son casque et ne quitte plus son gilet jaune !

On passe la journée du lendemain à se reposer les jambes à l’hôtel et s’occuper des habituelles lessives, mises à jour du blog préparation de l’itinéraire… On a aussi le plaisir de retrouver Mathieu et Sonia qu’on avait rencontrés à Mashad.

Le lendemain, ça y est, c’est parti, on se lance à vélo au Tadjikistan ! On croise plein de veaux, ça doit être la saison. Au fur et à mesure qu’on avance, on voit des taches de couleurs qui bougent dans les champs et qui viennent vers nous : ce sont des enfants qui courent nous saluer ! Ils semblent être habitués aux vélos (alors que la frontière n’a ouvert qu’il y a 5 mois ?!) puisqu’ils nous tendent tous la main pour qu’on leur fasse des “checks”. Il y a vraiment beaucoup d’enfants ici ! Les adultes ne sont pas en reste, dès qu’on passe dans un village, les “welcome to Tadjikistan” pleuvent !

En quelques kilomètres, la vallée se rétrécit et on se retrouve à longer un canyon au fond duquel coule une rivière grise chargée de terre et dont les bouillons sont assez terrifiants. C’est superbe ! On a aussi le plaisir de retrouver… les nuages ! Cela faisait longtemps qu’on n’en avait pas vu, c’est bête mais on se rend compte à quel point c’est beau ces taches blanches dans le ciel !

On voit aussi les premiers camions chinois, c’est normal puisque la Chine est le prochain pays à l’Est mais quand même, ça fait bizarre de se dire qu’on est aussi loin de l’Europe !

Le soir, on se fait accueillir par une famille de paysans, on dort au dessus de l’étable, la vue est superbe ! Une fois de plus, on est dépassés par la générosité des gens et on mange un excellent plov. On croisera furtivement les femmes le lendemain que l’on remerciera chaleureusement. On repartira même avec une crème hydratante russe ! Ils voulaient nous en donner une chacun quand ils ont vu que je me mettais de la crème solaire, on a réussi à en refuser 2 sur 3, c’est déjà ça…

On repart le matin, la vallée est encore très belle. Alors qu’on emplit nos gourdes, des journalistes locaux nous interpellent. Claude pense me refiler le bébé mais finalement, lui non plus n’échappe pas à l’interview ! 😉

La route est connue pour le fameux “tunnel de la mort”, Camille et Gaëtan nous en avaient parlé il y a un an et il alimente les conversation des groupes whatsapp de cyclo. Il fait 5km et n’a pas de système de ventilation et un éclairage limité… autrement dit, on préfère l’éviter ! On fait donc le choix de faire du stop alors que Gabriel souhaite le traverser à vélo. Comme il est précédé d’une grande côte bien raide, on fait du stop avant la côte ! 😉 Pendant la pause dej, on est rejoints par 4 copains (leur site : des rustines et des ailes), ils sont sponsorisés par Décathlon qui se met au voyage à vélo, c’est une bonne nouvelle, vous n’aurez plus ‘excuse de “les sacoches c’est un sacré investissement” pour vous y mettre ! 🙂 Sonia et Mathieu avaient passé du temps avec eux à Samarcande et nous en avaient parlé. Le monde des cyclo est petit !

A ce propos, depuis l’Ouzbékistan, il est devenu courant de croiser d’autres cyclistes. Nous sommes nombreux à faire la route Europe/Asie et la plupart d’entre nous visent l’été pour traverser les cols du Pamir. Avant et après l’Asie Centrale, les choix de routes sont nombreux, mais entre l’Ouzbékistan et le Kirghizstan, il n’y a plus qu’une seule route. De ce fait, nous y sommes très nombreux (surtout quand on ajoute toutes les personnes qui viennent en avion pour l’été) et les auberges sont maintenant remplies de vélo !
Nous nous refilons les bons plans via des groupes whatsapp, il y en a un anglophone et un francophone, ils comptent respectivement 97 et 58 personnes, ça donne une petite idée de l’activité de la région !

Après une longue pause dej, on essaie d’arrêter des camions . Finalement, c’est une voiture qui vient nous voir. On est arrivés à un stade où l’on ne se demande plus si le tandem va tenir dans la voiture et encore moins s’il faut le démonter, avec un peu de corde, ça tient toujours ! 😉

Quelques kilomètres plus loin, on dépasse Gabriel qui pousse son vélo tant la pente est raide,…
Un peu plus tard, on s’engouffre dans le fameux tunnel, l’air est saturé de gaz d’échappements, on ne voit pas loin tant il y a de la fumée… décidément, on ne regrette pas notre choix ! Nos chauffeurs nous déposent à la sortie en insistant pour nous offrir un melon et une pastèque ! Heureusement, il n’y a que de la descente qui nous attend !

C’est assez raide, on se félicite des disques qui refroidissent vite jusqu’à ce que… on perde le frein avant !! Chanceux, cela nous arrive dans une partie peu raide de la descente, on s’arrête facilement. Le liquide de frein s’est mis à bouillir ! On apprendra plus tard que le mécano de Téhéran ne nous a pas mis la bonne huile quand il a fait la purge, grrr…. Heureusement, plus de peur que de mal !
On s’arrête en bas de la partie raide de la pente, une femme nous fait signe de s’installer dans la cour. Elle nous offre un délicieux pain qu’elle fait elle-même ! On lui offre en retour pastèque et 3/4 de melon ! Le long de la rivière, semble se trouver une mine de charbon (les camions sont en tout cas nombreux à en transporter), des particules noires se collent partout en quelques instants. On réalise à quel point on a de la chance de ne pas habiter un tel endroit…

Le matin, pendant que je fais chauffer l’eau pour le thé, Claude guette Gabriel. Il a traversé le tunnel et arrive… tout noir lui aussi !!

On petit-déjeune et on reprend la route, 70kms de descente nous attendent pour arriver à Dushanbe. La rivière est cette fois bleu très clair, c’est beaucoup plus vert. On longe des complexes de vacances avec piscines et transats. La plupart semblent vides voire même abandonnés…

On s’arrête dans une station essence, Claude revient des toilettes en me disant qu’elles sont “bien”. Quand je les découvre, je me dis que nos standards ont bien baissé en quelques jours ! Depuis qu’on est en Asie Centrale, il n’y a plus d’eau courante en dehors des grosses villes. Les toilettes sont donc un trou entre des planches/du ciment. L’odeur y est évidemment nauséabonde… Quant à l’intimité, elle est parfois inexistante puisque plusieurs toilettes peuvent être les unes à côté des autres sans portes voire même sans séparation (mais pour l’instant, on n’a croisé personne, on croise les doigts !) On regrette clairement les toilettes à la turque iraniennes qui avaient toujours un petit jet d’eau !

A Dushanbe, on fait notre “GBAO”, le permis qui nous permet d’entrer au Pamir. Il ne nous coûte que 20 somoni (2€) alors que si on le faisait avec le visa, il coûtait 25$, quelle arnaque ! On reste un peu plus de temps que prévu, aujourd’hui (21) est férié, les magasins de vélo sont fermés et l’on souhaite vidanger nos freins avant d’attaquer le Pamir !

A bientôt !

5 COMMENTS
  • Mano
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    Époustouflant de beauté. Vos récit nous transporte un peu avec vous, merci merci !! Et bravo pour tout ce périple déjà accompli.

  • Sylvie
    Reply

    Magnifique !!! Les photos sont déjà superbes alors en vrai cela doit couper le souffle! Les paysages doivent être d’autant plus appréciables car vous les découvrez grâce à votre force physique et mentale!
    Très bon choix pour le tunnel !!
    Bisous

  • pigeat
    Reply

    superbes photos – vous êtes si courageux ! mais pour vous c’est autre chose, c’est une belle aventure; Nous sommes surpris de l’accueil que vous rencontrez
    nous vous suivons depuis le début et nous nous sommes rencontrés à VERNAZZA.
    courage pour les côtes ! et la pollution “chinoise”
    bye bye

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