Aperçu turkmène

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Aperçu turkmène

Du Turkménistan, nous n’en aurons vu que peu puisque nous n’y sommes restés que 4 jours. Voici nos impressions de ce bref passage.

Avant de commencer, il faut vous avouer que nous n’avions pas une très bonne image de ce pays. Il y a 4 ans, quand nous étions allées en Thaïlande, nous avions pris Turkmenistan Airlines (!) et avions fait une escale à Achgabat. Tout le personnel s’était montré particulièrement désagréable et nous n’avions pas réussi à leur décrocher un seul sourire, on en avait déduit hâtivement que les turkmènes ne souriaient pas. Lors de notre escale, on avait discuté avec une française qui en revenait et qui nous avait raconté la folie des grandeurs de leur président, nous avions pu par ailleurs l’observer dans le magazine de la compagnie qui narrait les chantiers les plus pharaonesques les uns que les autres entrepris dans le pays (nos entreprises du BTP en sont ravies, Bouygues est particulièrement bien implanté dans le pays).
Ajoutez à cette première expérience, une bureaucratie délirante qui rend l’obtention du visa digne d’un jeu au loto ainsi que des témoignages de voyageurs sans enthousiasme aucun, cela ne donne pas ultra envie.
Et finalement, nous avons été très agréablement surpris par l’accueil des turkmènes ! La mégalomanie de leur président a quant à elle été à la hauteur de notre imagination !

Mercredi 1er août, premier jour de notre visa turkmène, nous nous levons tôt pour passer la frontière qui ouvre à 7h. Alors que nous attendons que les iraniens commencent leur journée (finalement, c’était peut-être 8h ?), nous sommes rejoints par Gabriel, cyclo argentin que nous avions croisé à la gare routière de Shiraz. On aura le plaisir de passer les jours suivants avec lui et par la même occasion de dérouiller notre espagnol. Si vous voulez vous aussi vous entrainer, voici sa chaîne youtube.

Côté turkmène, les mêmes questions se répètent : où allez-vous ? où allez-vous dormir ? (à cette question, on essaie d’être le plus vague possible comme on ne sait pas si on a le droit de faire du camping ou non) quel trajet prenez-vous ?
Nos sacoches passent aux rayons x, nos médicaments sont soigneusement inspectés. Quelques contrôles de passeport encore et ça y est, au bout de 3h, nous voici “libres” au Turkménistan. La victoire est savoureuse tant ce pays représente une barrière pour de nombreux cyclos.

J’en profite pour enlever mon voile avec un plaisir non dissimulé. L’entrée au Turkménistan marquera aussi pour moi la fin de l’effet “pot de fleurs” : les hommes parlent à Claude et moi (si si !) et n’ignorent pas mes réponse, wouhouh !

Après quelques kilomètres, nous passons le 1er contrôle policier (nous en verrons de nombreux). On en profite pour mouiller nos habits, il est déjà tard et le soleil tape. Les militaires sont très jeunes, le service militaire est obligatoire et la plupart ont 18 ans (ils en paraissent 14 !). La corruption est répandue, l’un d’entre eux essaie de récupérer la montre de Gabriel, il lui arrivera plus tard à deux reprises que certains lui demandent de l’argent.

Dès la traversée du premier village, les habits des femmes nous frappent. La tenue traditionnelle est constituée d’une longue robe avec un col brodé et d’un chapeau droit et allongé de tissu. Les motifs sont très colorés, les formes vont de très amples à très (très) moulantes, qu’est-ce que ça change des chadors noirs ! On verra aussi des femmes aux longs cheveux détachés, des femmes en jean, en shorts, en t-shirts… Bref, elles font (du moins nous semble-t-il) ce qui leur plait ! 🙂 Je vous avoue que j’ai été tentée de moi aussi me faire faire une de ces magnifiques robes pour changer de mes pantalons de rando (sur mesure pour quelques euros) mais j’ai résisté en pensant aux cols que nous allons bientôt devoir attaquer ! 😉
Petite anecdote : on a vu des femmes avec un imprimé de pommes croquées (comme le logo d’apple), la mondialisation est vraiment partout !
Nous n’avons pas pu prendre beaucoup de photos puisque les photos sont simplement… interdites dans le pays ! La plupart sont prises à la dérobée d’où des cadrages douteux, vous pourrez quand même deviner à quoi ressemblent ces tenues.

Le lendemain, en début de matinée, nous croisons des camions et bus remplis de personnes (qui vont probablement travailler aux champs ?), tout le monde nous salue. On est loin de la réputation quasi hostile des turkmènes face aux touristes !
En campagne, pour se protéger du soleil et de la poussière, les femmes comme les hommes ont souvent un foulard sur le visage. Seuls les yeux dépassent, nous adoptons nous aussi cette technique. Finalement, quand il fait très chaud dehors, il fait plus frais sous ces couches qu’avec la peau qui brule au soleil.

L’arrivée au Turkménistan nous frappe par le dépaysement qui nous empare. Les tenues d’abord mais aussi les faciès ont radicalement changé, certains sont très asiatiques avec les yeux en amandes, d’autres semblent carrément russes. Il semble aussi courant de se refaire la dentition en or. Ça y est, nous avons quitté le Moyen-Orient et sommes vraiment en Asie Centrale (oui, oui, et sans avion !!). Nous voyons aussi des dromadaires en liberté dans le désert, c’est magnifique !
On n’a pas pris de photo à ce moment mais en voici une autre d’un troupeau de dromadaires sur une 4 voies.

Notre plus grand ennemi est particulièrement présent aujourd’hui : le vent ! Nous n’avançons pas vite et regrettons les températures clémentes du matin. Nous nous arrêtons en fin de journée pour camper au milieu du désert, Gabriel continue encore un petit peu. Il veut tout traverser à vélo donc doit avancer alors que nous choisissons la solution de facilité en prenant un bus.

Le lendemain, alors que le soleil est à peine levé, nous reprenons la route et… c’est miraculeux ! Le vent n’est pas encore levé, nous allons littéralement deux fois plus vite que la veille, on a l’impression d’être sur une route complètement différente ! En milieu de matinée, nous avons atteint les 60km et la ville de Tenjen où nous prenons un taxi pour Mary. Notre chauffeur joue les guides et nous montre ainsi la plus grande yourte au monde !
Comme prévu, nous y retrouvons Gabriel qui lui a pédalé plus de 120km.

La ville est impressionnante, les boulevards sont gigantesques et… vides ! Ca nous change des embouteillages constants d’Iran ! Les bâtiments sont énormes, en marbre blanc, il y a des lampadaires dorés partout… cela contraste avec les petits villages dont les maisons sont faites de briques et tôles ondulées et les routes en terre que nous avons traversées ! (d’ailleurs, nous verrons qu’il y a aussi des routes en terre au milieu des grandes villes, dans les quartiers résidentiels)

En périphérie des villes, on voit aussi de grands lotissements avec des maisons blanches à toits verts à perte de vue.

Nous n’avons pas vu Achgabat, la capitale, mais elle est elle aussi connue pour ses grandes avenues vides et détient le record de ville avec le plus de marbre au monde ! Deuxième en record en deux jours, décidément les turkmènes les apprécient ! Tout cela grâce à leur président/dictateur qui souhaite régner sur une des plus beaux pays au monde. L’ancien président s’était nommé “Turkmenbashi” (le père des turkmènes), pour vous donner une idée de son égo, il a renommé le mois de janvier à son nom et celui d’avril au nom de sa mère, il s’est fait construire une gigantesque statue en or qui tourne pour toujours faire face au soleil, le livre de référence pour les écoles est le Ruhnama, sa biographie…
Depuis sa mort, son successeur a honoré sa mémoire et a perpétué la tradition. Sa photo est omniprésente, on le voit par exemple trôner sur son cheval à l’entrée d’un hippodrome, dans tous les hôtels, en une des journaux… Maniaque, il aime que son pays soit propre (rappel : on est dans un désert…). Une armée de femmes nettoient en permanence les rues (pour le coup, elles se cachent complètement le visage, on ne voit que leurs yeux), les voitures doivent être propres sous peine d’amendes. On y a échappé mais cette règle s’applique aussi aux vélos, des cyclos ont du nettoyer leurs vélos avant de pouvoir entrer en ville !! Dernière absurdité en date, le président a déclaré que seules les voitures blanches/claires étaient autorisées… Les femmes sont quant à elles interdites de conduite…

Le soir, on a le plaisir d’aller diner avec Gabriel avec… des bières ! Mine de rien, ça fait bien longtemps ! On se prend en photo pour fêter ça, un homme derrière nous nous fait part de son mécontentement, il risquerait d’être dans le cadre. On se tourne un peu pour pouvoir immortaliser la scène sans l’offenser. Ce rapport à la photo est vraiment culturel et contraste avec les iraniens qui ne cessaient de nous prendre en photos ou faire des selfies avec nous. D’ailleurs, à peine aurons-nous traversé la frontière ouzbèke qu’un routier fera un selfie devant nous ! Le soir, on ne tarde pas, il y a un couvre-feu sur l’ensemble du pays à 23h…

Le lendemain, on est réveillés aux aurores par un employé de l’hôtel qui ne semble pas nous croire quand on lui dit qu’on s’est mis d’accord pour un checkout à 10h et non 8h… On se dirige vers la station de bus avec l’espoir de trouver un guide pour aller visiter Merv, ancienne ville prospère de la route de la soie… sans succès. On renonce à visiter le site, il est énorme et ses vestiges couvrant plusieurs siècles nous semblent inaccessibles sans guide (le soleil qui tape doit aussi un peu peser dans la balance 😉 ).
On prend donc le bus pour Turkmenabat, la deuxième ville du pays proche de la frontière ouzbèke.

Quelques kilomètres après le départ, le bus est bondé, des personnes sont debout dans l’allée alors qu’il reste plus de 3h de voyage ! A la radio, les résultats de l’industrie nationale sont annoncés, et ce, même en anglais ! Et évidemment, ils sont excellents ! 😉 ). Un bruit bizarre se fait entendre, le bus s’arrête. On nous annonce qu’un autre bus va venir noue chercher, puis que nous allons devoir retourner à Mary et prendre un nouveau bus demain. On fait 1/2 tour et on se ré-arrête. Et c’est à ce moment que l’on voit sur la route… Gabriel ! Finalement, après quelques réparations, on repart dans le bon sens et arriverons à bon port à Turkménabat.

On dine dans un restau aux allures russes avec musiciens qui jouent alors que nous sommes seuls. On est rassurés quand d’autres personnes nous rejoignent. On se régale avec un bon steak pour Claude et des pâtes carbonara pour ma part. A notre plus grande surprise, on trouve beaucoup de porc et de charcuterie ici !

Le lendemain, on se promène dans la ville. L’influence russe est présente, on visite une église orthodoxe. On va ensuite au marché qui est bien plus animé que la veille (ici, les marchés ferment à 18h ! Quel changement par rapport à l’Iran !). On achète un bout de tissu élastique pour que je me fasse faire un buff (tube de tissu) pour me protéger du soleil (celui que j’utilise en hiver est doublé polaire donc peu adapté pour les températures chaudes). Les femmes de l’atelier sont adorables, refusent qu’on paie et m’en offrent même un supplémentaire… rose !

On essaie de se connecter à internet en allant dans un cybercafé mais le wifi y est interdit aux étrangers. A Mary, on a réussi à se connecter et… tout était bloqué ! Impossible d’accéder à la plupart des ip françaises (lemonde, notre site…) et évidemment aucun réseau social. Décidément, au fur et à mesure que nous avançons, les limitations d’internet se font de plus en plus fortes et mettent à l’épreuve l’ingéniosité de Claude (il fera un article sur ce sujet).

On finit la journée sur une plage du fleuve l’Amudarya, un policier nous rappelle qu’il est interdit de prendre des photos. On reprend la route vers 17h vers l’Ouzbékistan. On souhaite passer la frontière ce soir pour pouvoir rouler tôt le lendemain. On fait le plein d’eau dans une des boutiques qui bordent la route. A ce propos, les billets sont tous colorés et très beau ! En voici une photo (il nous manquait celui de 100 manat qui est bleu).

On rejoint la grande route et là qui voit-on ? Gabriel, encore lui ! On fait un petit sprint pour le rejoindre et on le motive pour venir avec nous (il a plus de 140km dans les pattes déjà !).

Nous passons la frontière sans encombre, les ouzbèkes ne fouillent même pas nos sacs. On en est presque déçus, on aurait pu garder le drone !! On évite de penser aux magnifiques images du caravansérail que nous aurions pu prendre et allons bivouaquer dans le désert après avoir refusé de payer 10$ un “camping” parking.

C’est notre premier bivouac dans un désert de sable ! Claude fait la connaissance d’une énorme araignée qui lui monte sur le pied, plus de peur que de mal ! On s’endort en admirant la voie lactée, demain, on découvre un nouveau pays ! 😀

Et si cet article vous a donné envie d’en savoir un peu plus sur ce pays, on vous recommande la BD “Sables noirs : 20 semaines au Turkménistan” qu’on a eu le plaisir de lire sur notre tablette (merci encore la mairie de Paris !!).

5 COMMENTS
  • Cécile
    Reply

    Hop, j’ai aussitôt téléchargé la BD, merci !
    C’est super que vous ayez apprécié votre séjour au Turkmenistan. les aéroports sont heureusement rarement représentatifs du climat social d’un pays, pourtant, une fois n’est pas coutume, votre récit ne m’a pas donné l’envie de courir acheter un guide voyage et d’y réserver mes prochaines vacances 🙂
    Vous avez l’air en super forme sur les photos, ça fait plaisir à voir !! Bon séjour en Ouzbékistan !

    1. Cécile
      Reply

      (je changerai peut-être d’avis après avoir lu la BD !)

      1. Pascal
        Reply

        Tout de suite, dès qu’on peut pas prendre des selfies dans un pays, tu ne veux pas le visiter.. ou alors c’est de ne pas pouvoir avoir des photos à montrer à ton retour pour montrer à tout le monde tes belles vacances ? 😉

  • Magali
    Reply

    Encore une fois merci. J’en apprends sur ce pays!
    Les ciels étoilés doivent être divins à observer., la voie lactée de toute beauté.
    Je ne suis pas surprise que vous soyez plus ” au frais” en étant très couverts. On voit bien les tenues adoptées dans les pays chauds
    Bonne continuation sur la route de la soie

  • Christine
    Reply

    C’est vrai, il ne fait pas très envie ce pays que je ne connaissais pas… Mais contente de l’avoir entraperçu grâce à vous! Tout ça sans polluer !

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