Atterrissage

Au jour le jour

Atterrissage

Bonjour à toutes et à tous !

Comme vous l’avez deviné, nous sommes rentrés, le voyage est fini ! Le retour a été bien chargé et nous avons de ce fait délaissé un peu ce blog… Nous allons rattraper notre retard au cours de ces prochaines semaines. On a aussi travaillé dur sur un long article à paraître dans le prochain numéro de la super(be) revue mâtin, on vous en dira plus dans quelques semaines quand il sera sorti.

On vous avait quitté à Citavecchia, le port le plus proche de Rome. On a embarqué pour 24h de traversée jusqu’à Barcelone. Cette fois encore, la météo est capricieuse, on embarque en retard et on passera finalement une seconde nuit dans le bateau. La compagnie est bien plus sympa que les grecs qui avaient refusé de nous donner un peu d’eau, ils nous offrent les repas ! Comme pour les traversées précédentes, l’équipage est super sympa avec nous même si nous n’avons pas réservé une cabine spéciale accueil de chiens qui coûte les yeux de la tête. Nous reprenons nos habitudes (nous aurons passé 11 nuits dans des bateaux sur l’ensemble du voyage !) et nous installons avec Côtelette dans un coin avec matelas, duvets, masques et boules quies.

En journée, nous passons entre la Corse et la Sardaigne. On capte furtivement le réseau français, le retour est proche ! Le dimanche matin, nous arrivons à Barcelone où nous sommes superbement accueillis par Damyana et Nicolas. Julien, notre ami qui nous avait mis en relation, nous avait prévenus : “je connais des gens exceptionnels à Barcelone”, on n’a pas été déçus ! On se promène dans la ville, on se délecte des tapas espagnols… et surtout, on parle ! Pour la première fois depuis longtemps, on peut faire de vraies phases dans la langue locale, qu’est ce que ça fait du bien !

On reprend la route pour nos derniers jours à deux, on a la chance que notre famille nous rejoigne pour les derniers jours de vélo. On longe la Costa Brava, on redécouvre le bonheur des pistes cyclables, d’autant plus appréciées quand elles sont sous le soleil ! Depuis l’Italie, on a aussi retrouvé la circulation dense dans les villes (voire les embouteillages…). On est à chaque fois marqués que les voitures se concentrent autant à l’intérieur des villes (qui font en général moins de 5km de long). Dès qu’on en sort, on redevient (quasi) seuls sur les routes. Preuve en est que la voiture est malheureusement encore beaucoup trop utilisée pour de courts déplacements urbains alors que pour des trajets de moins de 5km, le vélo est quand même une solution accessible…

Le soir, difficile de se cacher et les campings sont tous fermés pour l’hiver. On s’installe à côté de campings cars. Pendant la nuit et le matin , Côtelette s’éclipse, on la voit revenir en se léchant les babines, on rigole en se disant qu’elle a vraiment le don pour trouver des poubelles à manger !

Le lendemain dans la matinée, la chienne est dans la remorque à cause de la circulation, on s’arrête et Claude réalise qu’elle tremble… On la fait descendre de sa carriole et on réalise qu’elle tient à peine sur ses pattes… Clairement, quelque chose ne va pas. Ni une, ni deux, on fait demi-tour vers le centre ville que l’on vient de traverser direction le vétérinaire le plus proche. Le diagnostic est clair : elle a dû s’empoisonner… La véto lui fait une première injection d’anti-venin et nous dit d’attendre quelques heures le temps que cela fasse effet. La pauvre côt-côt est au plus mal : elle tremble de partout, a les yeux dans le vide… Autant vous dire que nous non plus, on n’est pas au max de notre forme. Les habitants s’arrêtent nous demander s’ils peuvent nous aider, nous apportent à manger, des couvertures… On vous passe les détails mais après une autre injection, on a cru la voir pousser son dernier souffle dans un long râle (sa température avait baissé, elle respirait très lentement…) quand tout d’un coup, elle a redressé la tête, comme si elle se disait “non pas maintenant, j’en ai trop bavé pour arriver là, je veux profiter de ma nouvelle vie !” et à partir de ce moment, son état s’est amélioré petit à petit. Ouf !!! La véto nous a avoué après coup qu’elle était sûre qu’elle ne survivrait pas, c’était sans compter la résistance et la volonté impressionnantes de Côtelette !!

On a appris après coup que la mort aux rats était très courante en Espagne, on imagine que les campings devant lesquels on avait dormi en avaient utilisés… On maudit la passion de notre chienne pour les poubelles et à partir de ce moment, on la surveille de près.

Le lendemain, on prend un train pour rattraper notre journée de retard. On arrive à quelques kilomètres de la frontière que l’on passe le soir. Ca y est, on est en France !! C’est avec une émotion toute particulière que l’on lance un “bonjour” aux cyclistes que l’on croise. On trouve un petit spot de camping abrité du vent devant l’entrée du cimetière de Cerbère. On descendra le lendemain au village où l’on trouvera avec joie… une boulangerie !

En pédalant jusqu’à Narbonne, on réalise que la France, c’est aussi le pays des carafes d’eau au resto (hors d’Europe, on prenait du thé mais depuis quelques semaines, on était obligés de prendre des bouteilles d’eau ce qui avait le don de nous agacer), des allées de platanes, des ronds-points mais aussi… des blagues sexistes ! On avait à peine mis le pied dans notre cher pays, qu’on entendait déjà “ah mais c’est cool à l’avant, on se la coule douce/on se fait porter”, et ce, évidemment seulement quand je (Stéphanie) suis à l’avant. Et si vous doutez du caractère sexiste, quand je suis à l’arrière, il m’est arrivé plusieurs fois d’entendre “attention Monsieur, elle est derrière vous, vous ne la voyez pas mais elle fait semblant de pédaler, ahahah”. La palme revient à Juliette et Florent qui pensaient poser le vélo pour aller un peu plus loin à pied quand quelqu’un leur a dit “ah, mais il marche ?!” parce qu’évidemment, si l’homme est à l’avant et la femme à l’arrière à conduire, c’est forcément que l’homme est handicapé… /o\

On ne sait pas à quel point cette culture des mauvaises blagues est typiquement française ou si nous ne les comprenions pas à l’étranger. Il nous semble quand même qu’en Espagne ou en Italie où nous comprenions assez bien, aucun inconnu n’ait osé nous faire une mauvaise blague juste en nous voyant passer devant lui…

Pour notre dernier bivouac, on s’installe dans une superbe pinède. L’hiver a cet avantage qu’il est possible de s’installer relativement tôt dans des endroits relativement passants (et de ce fait, inenvisageables en plein été). On réalise par contre qu’au bivouac précédent, j’ai perdu un bout du réchaud… :/ On bricole avec une cuillère, tant pis pour ce dernier repas de camping qui ne sera pas une grande réussite. La pièce en question se rachète donc j’abandonne mon projet de faire l’aller-retour en stop le matin tôt pour aller la chercher (petite pensée à l’épisode des cuillères 😉 ), ouf !

Le lendemain, la journée est particulière : on arrive à Narbonne où nous attendent les parents de Claude et de la famille qui y habite ! On est carrément accueillis par un photographe et on se fait interviewer par un journaliste (cela donnera ce petit article – bon, on ne garantit pas toutes nos citations 😉 ). On passe surtout une excellente soirée, ça fait chaud au cœur de revoir la famille !

Cette soirée n’est que le début d’un retour ponctué de retrouvailles puisque le lendemain, après une chouette journée avec Jean, le père de Claude, dans les vignobles, nous arrivons à Trèbes, où habite aussi de la famille de Claude. On est à quelques kilomètres de Carcassonne et du village d’enfance de Jean, on s’y promène une journée. Quand on repart, on est accompagnés par Jean ainsi que Michel et Denise sur leur vélo électrique. Autant dire qu’avec notre poids lourd tandem/remorque/bagages, on est semés dans les montées ! On repart quand même allégés du matériel de camping que l’on confie aux parents de Claude, nous n’en aurons pas besoin la prochaine semaine.

Entre Trèbes et Toulouse, on espérait longer le canal du midi mais les berges ne sont pas aménagées tout le long et certaines ont été détruites par les récentes inondations. A ce propos, je vous recommande cet article de Mediapart qui traite d’une énorme pollution à l’arsenic dont le jardin de Michel est victime… On arrive à trouver des petites routes et des endroits où les chemins de halage sont praticables. On finit quand même l’étape intermédiaire à pousser le tandem dans la boue alors qu’on apercevait le gîte que nous avions réservé !

On passe encore une superbe journée le long du canal, c’est le paradis pour Côtelette qui fait des sprints derrière les canards. On rigole bien en la voyant courir à toute blinde avec sa patte arrière qui part dans tous les sens (elle a dû avoir un accident un jour). A Toulouse, on retrouve des amis, quel plaisir !!

Le samedi, Charles (un ami de Claude), ma mère et mon beau-père nous rejoignent à la gare de Toulouse. Nous nous élançons pour les derniers kilomètres le long du canal latéral à la Garonne. Le beau temps est au rendez-vous, on passe de super bons moments ! Charles rentre à Paris en début de semaine et nous finissons le parcours à quatre (cinq avec Côtelette !). Ce retour progressif est vraiment idéal pour nous : le fait de voir nos proches concrétise le retour, on se réhabitue doucement au confort et surtout… on est ravis de partager le voyage à vélo avec eux !!

En arrivant en Gironde, on commence à voir les vignes. On visite la magnifique ville de St Emilion, on n’est plus qu’à quelques kilomètres de notre futur chez nous ! La balade au milieu des vignes est superbe, c’est sûr, on reviendra !

Le jeudi matin, on arrive à Saint Denis de Pile pour visiter la maison que l’on a louée via une visite photos par le bon coin. Ouf, pas de mauvaise surprise, c’est conforme à ce que l’on attendait ! Petit jardin, chambre d’amis, grand salon… quel luxe !! Après un pique-nique au soleil, on enfourche le vélo une dernière fois pour aller jusqu’à Libourne. On y rencontrera un warmshowers super sympa chez qui on laisse le tandem et nos affaires. On a un petit pincement au cœur quand on referme la porte du garage, on est à pied cette fois et on ne reviendra que dans trois semaines ! Ca y est, le voyage est bel et bien terminé !! Pour cette fin de voyage, on trouve un bon resto et on en profite pour fêter avec un peu de retard l’anniversaire de ma maman.

Je pourrais m’arrêter là mais comme on a accumulé pas mal de retard sur le blog, je vous donne quand même un peu plus de nouvelles.

Tout est allé très vite après notre arrivée à Libourne : remontée à Orléans, retour dans le bordelais pour l’état des lieux et le déménagement, passage à Paris pour voir quelques amis et installation à Libourne ! On a écumé le bon coin pour nous installer (défi rien de neuf oblige), on a repris le boulot… De mon côté, ça s’annonce passionnant, plein de beaux défis, je suis ravie ! 🙂 Et Claude a retrouvé son ancienne boite, en télétravail cette fois, il va à un espace de coworking où il fait plein de belles rencontres, il est très content lui aussi !

Finalement, on se fait très vite à la vie sédentaire ! On n’a eu (pas encore du moins) aucun moment de déprime, après un an à se faire plaisir en voyageant, on avait hâte de retrouver des projets dans lesquels s’investir. On ne se sentait pas très utile (heureusement que ce blog était là et qu’on lisait vos retours !) et surtout, on était toujours dans l’éphémère et l’instant présent. Finalement, on est contents de retrouver un peu de long terme.

Dans les choses rigolotes de retour de voyage, il y a le rapport au temps. Quand on voit des amis qu’on n’a pas vus depuis un an, on a l’impression de les avoir quittés hier. Par contre, quand on voit des photos de cet été dans le Pamir, ça nous semble déjà une éternité… Et quand on les voit, c’est comme si on ne se rendait compte que maintenant de ce qu’on a fait ! En y arrivant à vélo, les paysages et les gens ont changé tellement lentement que nous ne nous sommes jamais sentis déconnectés. C’est depuis la France qu’on réalise qu’on était bien à (presque) l’autre bout du monde !

On nous demande aussi souvent s’il y a des choses qui nous font bizarre. Clairement, ouvrir nos cartons fût un petit choc. On avait pourtant donné beaucoup de choses avant de partir, on en a encore données beaucoup en les ouvrant ! Et côté vêtements, je pensais que je serais contente de retrouver un peu de variété. Passé le premier jour et le bonheur de retrouver une robe, je me suis étonnamment vite rabattue sur mes habits de rando… Après un an dans des habits confortables, le système oppressif que sont les habits féminins me frappe de plein fouet : matières qui irritent, pas de poches dignes de ce nom, coupes qui entravent les mouvements, baleines de soutien-gorge qui rentrent dans la peau, talons qui font mal aux chevilles…

Je vous vois venir, vous vous dites “bon, ok eux, ils sont bien installés, mais Côtelette ?!”. On vous rassure, elle aussi va super bien. Elle se fait bien à sa vie de chien de maison même si elle est toute excitée en fin de journée quand elle sait que c’est le moment de la balade. Elle s’éclate à courir derrière les lapins, le seul souci est que dans ces moments, elle ne nous écoute plus vraiment et qu’on galère parfois à la retrouver… :/

Sur ce, je vous laisse ! Un grand merci à toutes et à tous de nous avoir suivis au cours de cette année, on était vraiment contents de pouvoir partager ce voyage avec vous ! Pour ceux qui aiment les chiffres, on a traversé 20 pays, pédalé 11 000 km et monté 10 fois l’Everest. Et évidemment, si vous vous en doutiez, on a juste adoré cette expérience, on revient avec des souvenirs plein la tête et enrichis de toutes les magnifiques rencontres que l’on a faites. On nous demande souvent si on a eu de mauvaises expériences/rencontres et honnêtement, la réponse est… non ! Il y a eu quelques moments difficiles : la Chine, l’empoissonnement de Côtelette et quelques moments oppressants en tant que femme (Turquie et Iran notamment)… mais jamais nous ne nous sommes sentis en danger.

Le bilan est donc plus que positif ! Donc vraiment, si vous hésitiez à vous lancer dans un voyage lent, on ne peut que vous recommander : OSEZ, LANCEZ-VOUS !!

Et si jamais vous passez dans le coin de Libourne, faites nous-signe ! Pour les cyclistes, vous pourrez nous retrouver sur warmshowers.

Après cet article, sont encore prévus une dernière vidéo (avec CôtCôt en guest star), les posts de Marie et Amélie (dans lesquels vous pourrez trouver respectivement un bel éclairage historique et de magnifiques dessins) et si j’ai le courage des posts trucs et astuces… Ca vaut donc le coup de revenir ! 🙂

D’ailleurs, à propos de ce blog, beaucoup de personnes nous ont demandé si on voulait en faire un livre. Ce n’a jamais été notre projet, il y a déjà beaucoup de livres qui racontent un tel voyage, on n’a pas une plume particulière ni une approche spécifique donc on doute de l’intérêt… On pensait a minima imprimer pour nous et nos proches une version papier du blog pour avoir un souvenir. Amélie nous a proposé de nous aider à le mettre en page ce qui donnerait un bel objet donc on va peut-être partir sur un entre deux (quelques impressions mais sans vocation à grande diffusion)… Si certain.e.s d’entre vous êtes intéressés, faites-nous signe, on vous tiendra au courant !

A bientôt !

Stéphanie

10 COMMENTS
  • sandrine lf
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    chère Stéphanie (et cher Claude), il y a tellement de bienveillance, de passions que de te lire encore en France fait voyager… Merci pour ces partages et à bientôt pour la suite à Libourne, Paris et certainement dans un ailleurs qui se construit 🙂

  • Claude lalique
    Reply

    Toujours aussi touché par votre récit… Et aussi par votre modestie, ce voyage c’était quand même une sacrée aventure !
    J’ai bien aimé la réflexion sur le retour et le fait d’être de nouveau utile. C’est vrai qu’en voyageant un certain temps on est toujours dans l’observation et que finalement quelque chose manque. J’espère que votre retour sera aussi réussi que votre voyage et je vous souhaite plein de bonnes choses. Au plaisir de vous rencontrer !

  • Noémie
    Reply

    🏡 Merci, c’est toujours aussi chouette de vous lire ! Grandes pensées pour votre installation.

  • Juliette
    Reply

    En fait le coup de Florent handicapé, c’était en Autriche, donc du sexisme outre Rhin également. Mais je crois également que les Français sont champions des blagues de bofs, un peu comme si ça rapprochait de rigoler ensemble de stéréotypes.
    J’ai toujours un plaisir certain à vous lire, ça ne m’a pas paru si long que ça cette année qui s’est écoulée, mais oui, vous me paraissiez bien loin.
    Ca rassure aussi de voir que vous n’avez pas eu le blues en larguant l’ancre, ca semblait pas gagné.
    Des bisous

    1. Stéphanie Couvreur
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      Ah mince, j’ai confondu… Le fond reste le même, les blagues pourries pour les français et malheureusement, le sexisme est international !! Merci de nous avoir suivis, c’était chouette de savoir que nos parrains de Pino étaient là ! 😉 Gros bisous à tous les 4 et à bientôt ! 🙂

  • Anita
    Reply

    Ce fut un vrai bonheur de finir la dernière étape avec vous. On vous a vus heureux d’avoir accompli votre rêve et tout aussi enthousiastes à l’idée de commencer une nouvelle vie loin de Paris avec le désir effectivement d’être utile, vous nous préciserez à quoi, même si on en a une petite idée , bisous à vous 2.

  • Aline Jordens
    Reply

    Merci beaucoup,je vous ai suivi avec tellement de plaisir..Bravo pour votre performance , physique,mentale, psychologique,émotionnelle etc…..vous êtes certainement plus fort, plus généreux encore…. mille bravos…je continuerai à vous suivre si vous publiez encore,je vous embrasse

  • Claire
    Reply

    Welcome back ! Et pour alimenter le débat sur les talons hauts : https://www.theguardian.com/fashion/2019/mar/20/sex-power-oppression-why-women-wear-high-heels
    Bises

  • Nicolas
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    Eh ben jusqu’au bout, et même après avoir recroisé Stéph (trop furtivement), vous m’aurez fait rêver !!! Merci pour tous ces partages. Bonne réadaptation à la vie sédentaire. J’espère que le quotidien ne vous rattrapera pas trop vite… Bises et à bientôt !

  • Cécile
    Reply

    Merci d’avoir partagé tous ces moments avec nous, et de nous montrer qu’un autre mode de vie est possible.

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