La caravane passe

Au jour le jour

La caravane passe

La nouvelle tant attendue arrive : le colis avec la remorque est arrivé au Kirghizistan ! Ni une ni deux, nous allons à la poste chercher plus d’informations et… tadam !! Le colis est là !
On débale avec grand bonheur la magnifique remorque envoyée par Burley (que l’on remercie encore ultra chaleureusement !). On l’aménage le lendemain pour le plus grand confort de Côtelette (on enlève le siège enfant et on lui fait un sol/hamac pour que son poids ne repose pas seulement sur le fond de la remorque) et on fait nos adieux à l’équipe d’Ultimate Adventure.

Il est temps de refermer cette parenthèse “Bishkek” ! Nous y avons passé vraiment de très bons moments, et ce, notamment grâce à toutes les personnes que nous y avons rencontrées, que ce soit au sein des communautés de cyclos (Elliot et Stella, Marsha, Ben et Gui, Vlad et Sylvia, Tom, Tim et Ben), d’expats (Morgane, Fabien, le bar Somewhere), de touristes (Nicole) ou de locaux (Jamila et son amie, l’équipe d’Ultimate, Shai, tous les commerçants). Au sein des cyclos, une mention toute particulière à Elliot pour son humour typiquement british et sa gentillesse (l’Angleterre ce n’est pas loin, Côtelette attendra ta visite !) et à Marsha, incroyable jeune hongkongaise (21 ans !) pleine de vie qui a traversé le Pamir et le Zorkul seule sur un vélo acheté à Bishkek alors qu’elle n’avait jamais fait de voyage à vélo et a appris à pédaler il y a un an seulement ! Quelle elle leçon de vie, bravo Marsha !!

Autre belle leçon que l’on réapprend dans cette ville : les transports en commun. Il existe un système de mini bus collectifs (les “mashrutkas”) incroyablement efficace. Pour traverser la ville d’un point à un autre, il y a toujours plusieurs lignes directes de mashrutkas. Elles sont en plus très fréquentes et ne coutent que quelques soms… bravo !
Si vous voulez vous amuser à tester, voici un exemple où j’ai tracé un trajet de la friends guesthouse jusqu’à ultimate adventure. Vous pouvez changer les points et verrez qu’il y a toujours un trajet en mashrutka possible !

Nous sommes donc partis de Bishkek avec notre convoi qui s’agrandit de plus en plus : le tandem, la remorque… et Côtelette ! Oui, parce que même si elle a rapidement adopté sa carriole en y dormant dès la 1ère nuit (on lui avait mis toutes ses couvertures et le froid a aidé !), Côtelette n’est pas encore fan de l’idée de rester dedans alors que ça bouge… On passera pas mal de temps les premiers jours à l’habituer et les efforts paient puisqu’après 4 jours, elle est prête pour faire 10kms avec nous pendant qu’on pédale !
On sort de Bishkek en longeant un canal, ça a l’avantage d’être ultra tranquille niveau circulation mais a l’inconvénient d’être un peu gadouilleux, Côtelette se transforme en monstre bicolore (noire en bas). On aura notre premier réveil sous tente sous la neige !

On se réconforte en voyant le bonheur de Côt-côt (son nouveau petit nom) qui se roule dedans…

Sur la route, on a la désagréable surprise d’être bloqués par un canal. Les habitants super sympas nous actionnent les vannes pour éteindre le gros du débit et qu’on puisse traverser au gué un peu plus bas. Ca n’aura malheureusement pas suffi à nous épargner les pieds…

On ressort trempés ! Le soir, on a la chance d’être accueillis dans l’appartement d’une mosquée, on peut être au sec le temps de la nuit (nos chaussures elles, mettront plusieurs jours à s’en remettre !).

Le passage de la frontière se passe sans encombre. On n’a même pas besoin de montrer le magnifique certificat que nous ont fait les vétérinaires officiels du Kirghizistan. A ce propos, une fois de plus, ces vétos du ministère nous ont épatés. On était initialement allés les voir parce qu’on savait qu’on avait besoin de ce certificat pour sortir du pays, les vétos privés nous avaient parlé d’un “poop test” dont ne nous ont jamais reparlés les vétos officiels. Ils nous ont juste dit de venir 3 jours max avant le passage de la frontière. Je retourne donc dans le cabinet des horreurs avec Côtelette (il y a toujours du sang partout…), ils me demandent un truc “laboratory”, je crois qu’ils me parlent de la prise de sang, je leur dit qu’on a tout envoyé à Moscou… Ils me font le certificat et me demandent de payer 700. Habituée à négocier, je fais l’étonnée qui pensait que le prix n’était que de 500. Et là, il m’explique que c’est bien 500 le prix sauf qu’il faut rajouter 200 parce qu’on n’a pas fait le fameux poop test (200 pour qu’il fasse un faux certificat en fait !) !! Au passage, on aura quand même économisé les 500 pour les fausses dates du passeport, on ne les avait pas en liquide sur le coup, on leur a dit qu’on leur paierait au moment du certificat et ils ont oublié de me les demander…
On reste quand même abasourdis de la corruption de ces vétos officiels, on avait tout fait pour être dans les règles et on se retrouve avec des documents falsifiés à 2 reprises…

La première grande ville après la frontière est Merke. On demande à deux jeunes dans la rue s’ils connaissent un endroit où l’on pourrait mettre la tente. Ils nous font patienter, l’un d’entre eux est bijoutier et nous montre ses créations sur instagram (vous pourrez même nous retrouver dans un spot publicitaire 😉 ), on sera finalement invités chez Sveta, une amie à eux. On passe une formidable soirée avec eux trois et certains de leurs amis.
Une fois de plus, on remercie google traduction qui nous permet d’échanger au delà de la barrière de la langue !

Ils sont tous de nationalités différents : kurde, tchétchène, karachai et ukrainienne, et aussi tous de citoyenneté kazakhe. L’un d’entre eux me montre son passeport (kazakh), dans la partie “commentaires” est ajouté : “nationality: kurd”. On l’a déjà mentionné, la nationalité et la citoyenneté sont des concepts disctincts en Asie Centrale. C’est évidemment très perturbant pour nous, français, qui sommes très attachés au fait que “cette personne est française, et ce, peu importe d’où elle vient”. Pour eux, cela permet de valoriser leur culture d’origine, tout en se sentant appartenir au même pays qu’est le Kazakhstan. Ils nous expliquent que cela ne génère pas de communautarisme particulier, la preuve en est de ce groupe d’amis multinationalités. On se questionne tout de même sur la pertinence d’une telle nationalité après plusieurs générations…
Une fois de plus, on observe qu l’Asie Centrale est un sacré méli-mélo (pour reprendre l’expression des pignons voyageurs) ethnique et culturel. Autre exemple : la ville de Turkestan sera peuplée de 45% d’Ouzbèques (et 52% de kazakhes).

A Turkestan, nous attend un train qui nous emmènera jusqu’au Aktau, port de la mer Caspienne, nous économisant quelques milliers de kilomètres à travers les steppes vides. Le planning était serré, on a pris du retard en attendant la remorque, on a fait des mini-journées en terme de distance pour apprendre à Côtelette à rester dans sa carriole… si on veut arriver à tant et ne pas décaler notre planning d’une semaine, il va falloir accélérer. On prend donc un taxi qui nous emmène à Shymkent, la 3ème ville du pays. On réussit l’exploit à faire rentrer le tandem, la carriole, nos bagages, Côtelette et nous dans une 4 portes avec coffre (en plus du couple qui nous emmène à l’avant !).

Sur la route, on s’arrête dans une auberge pour déjeuner. On demande un plat végétarien et la serveuse nous apporte fièrement le-dit plat en nous précisant “sans viande”. On ne doit pas avoir la même définition de “viande”…

On repart les jours suivants à travers les steppes. On y voit des troupeaux de dromadaires et chameaux qui nous rappellent le temps des caravanes…

On s’installe un soir pour un bivouac, on arrive à trouver un petit relief qui nous protège un peu de la route. Une voiture nous voit quand même. On s’endort rapidement après que la nuit tombe. Malgré nos duvets ultra chaud, je suis contente d’avoir investi dans une bouillotte d’occase à 50 centimes !!

Au milieu de la nuit (bon, ok, on réalisera après qu’il était 22h), on est réveillés par des lumières, des bruits de klaxons et… Côtelette qui aboie ! On ouvre la tente, on est éclairés par un projo sur un 4×4 et des militaires cagoulés nous appellent. Côtelette quant à elle est prête à nous protéger mais… en restant au chaud ! Elle aboie depuis sa carriole !

Claude sort, explique qu’on est des touristes, qu’on fait du vélo… Les militaires ont l’air plus curieux qu’embêtants. Ils commencent à vouloir discuter mais les tremblements de Claude frigorifié abrègent les échanges. Avant de repartir, ils veulent une photo avec lui mais avant… ils lui passent fusil et ceintures de cartouches autour du torse ! Malheureusement, nous n’avons pas la photo mais cette scène restera clairement gravée dans nos mémoires !!

Le lendemain, on dort quelques kilomètres après le mausolée d’Arystan Bab.

On entend des hurlements qui ne ressemblent pas vraiment à ceux de chiens… On s’endort en essayant de ne pas trop y penser. Pendant la nuit, à deux reprises, on est réveillés par Côtelette qui chasse un animal qui se serait trop approchés de nous (pour rappel, elle chasse indistinctement vache comme chien errant…).
Une fois arrivés en ville, je me renseigne un peu plus sur la faune des steppes et apprend que le Kazakhstan est le pays où il y a le plus de loups au monde !! (plus qu’en Russie et au Canada donc !) Depuis quelques années, les antilopes disparaissent et les loups en arrivent à s’approcher de plus en plus des villages… Brrr, ça fait froid dans le dos !!
Au passage, ça a donné lieu à toute une série d’histoires incroyables autour de cet animal : des habitants qui ont des loups comme chiens de garde ou encore un héros local qui en a étranglé un à mains nue. J’apprends aussi qu’en Asie Centrale, les loups sont chassés avec… des aigles ! J’avoue ne pas trop y croire jusqu’au moment où je vois cette vidéo hallucinante :

(petite mention à ma famille : j’espère que vous ne vous moquerez plus de Romain, il avait raison !!)

On passe une journée sous la pluie battante, on est bien contents d’arriver à Turkestan ! Pour ma part, je mets un peu de temps à me réchauffer sous les couvertures et mon duvet. 😉

La ville est connue pour son célèbre mausolée dont la construction a été initiée par le fameux Timour/Tamerlan dont on entend parler depuis un petit moment maintenant, les travaux ont été stoppés à la mort de ce dernier et le mausolée est resté inachevé.
C’est un peu particulier pour nous puisque ce sont nos derniers jours en Asie Centrale et surtout c’est une dernière ville avec des vestiges aussi importants sur la route de la soie !

Pour la visite de la ville, Côtelette sera votre guide :

On passe 3 jours très agréables. J’ajoute quelques photos.

Notre hôtel ne dispose pas de jardin, Côtelette reste avec le vélo dans le petit resto d’en face. La propriétaire et la cuisinière sont adorables, on y dîne avec plaisir tous les soirs.

Côt-côt quant à elle se régale de tous les restes des repas ! En plus, elle trouve un tas de feuilles et de branches dans lequel elle se fait son petit nid, ça a l’air plutôt confortable (pour la séquence mignonnitude, j’ajoute une photo d’elle “en boule”).

Je vais retirer de l’argent avant de prendre le train. L’expérience est quelque peu perturbante : il y a beaucoup de monde qui attend aux distributeurs. Certaines personnes sont très lentes, ne semblent pas vraiment savoir se servir de l’automate. En général, une personne de la queue les aide, quitte à recommencer complètement l’opération et à ne pas vraiment gagner de temps… Le principe de code secret semble inconnu, il est normal de regarder par dessus l’épaule de celui qui est devant. Et pour finir, il faut être très attentif et coller la personne devant soi pour ne pas se faire doubler ! J’ai dû faire plusieurs remarques à un mec qui essayait de me passer devant, il n’a pas l’air d’avoir apprécié et a fini par changer de file. Bon débarras !

Avant de quitter la ville, on tombe sur un concert traditionnel avec des champs à la gloire de Turkestan, c’est assez rigolo…

Depuis Turkestan, nous avons pris le train direction Aktau sur la mer Caspienne. Au programme, 37h de train et quelques milliers de kilomètres de steppes gelées.
Au départ, le quai fourmille. Les trains s’y arrêtent entre 15 et 20mn, c’est donc la parfaite occasion de se ravitailler : magasins, barbecs, femmes qui déambulent avec leur casseroles pleines de mante… il n’y a que l’embarras du choix !

En voyant les wagons couchettes passer, on aperçoit des bribes de moments de vie, c’est rigolo.

Le long des rails, on réalise qu’il n’y a pas les habituels caténers qui longent les voies. Les trains ici ne roulent pas à l’électricité mais au diesel ! Le chauffage est quant à lui au charbon, il y a dans chaque wagon une réserve de charbon avec un foyer qui chauffe de l’eau. La nuit, on voyait des cendres passer devant nos fenêtres.

Nous avons réservé une cabine entière (4 personnes) ce qui était la condition pour pouvoir transporter la chienne. Finalement, ça nous arrange bien puisque cela nous permet de garder le vélo (on aurait probablement du le mettre dans un autre train… plus lent sinon !).

On surveille les longs arrêts pour aller promener Côtelette. On ne regrette pas d’être dans le train : il fait un froid glacial (-6°C en maximale dans une des villes traversées) avec un vent ultra fort et c’est complètement vide… On passe par la ville d’Aral qui fût une ville portuaire. La mer s’est depuis retirée, cela fait écho à l’agriculture intensive de coton que nous avons pu voir en Ouzbékistan. Une fois de plus, notre voyage nous rappelle les désastres écologiques causés par nos sociétés…

Voyager avec un chien nous réserve des surprises : des pas très bonnes (Côtelette reçoit un coup de pied par un gars “gratuitement” alors qu’elle remontait dans le train…) mais aussi des magnifiques ! 🙂 Sur le quai à Turkestan, une jeune femme et une petite fille étaient venus nous voir et avaient carressé Côtelette. Elles nous retrouvent dans le train, on discute un peu et un peu plus tard, Lana donne une lettre super émouvante à Claude lors d’une pause… (elle a été touchée de nous voir voyager avec Côtelette et de prendre soin d’elle, elle nous remercie pour cela)

On est tellement touchés, un énorme merci pour ce cadeau que tu nous as fait Lana !! On n’a pas réussi à te revoir mais sache qu’on se rapellera de toi longtemps et que tu es la bienvenue si tu viens en France ! 🙂

On finit par arriver à Aktau, fatigués mais contents. On se met en route pour Kuryk, le port qui est à 90km au sud de la ville. Le vent nous fait face, on n’avance pas très vite…

Le lendemain, on est désespérés quant on voit qu’en forçant de toutes nos forces, nos pointes peinent à dépasser les 10km/h… On a envie d’arriver au port, on fait donc du stop.
Un chauffeur adorable de camion réfrigéré nous prend et nous avance de 30km.

Les 15kms restants sont vent dans le dos. Sans un coup de pédale, on atteint les 18km/h !!
Pendant plusieurs centaines de mètres, on va à la même vitesse qu’un buisson en forme de crêpe qui avance emporté par le vent ! On se dit que c’est peut être en observant ce genre de phénomène que la roue a été inventée ! 😉
Sur la route du port, on se fait arrêter par des “durug” (amis en russe) qui insistent pour nous prendre en photos. Clairement, ils n’ont pas l’haleine dépourvue de vapeurs alcoolisées… C’est d’ailleurs un phénomène courrament rencontré depuis le Khirghizstan, les locaux ne semblent pas attendre l’heure de l’apéro pour attaquer la vodka…

On arrive finalement au terminal. Il y a une magnifique pelouse synthétique, Côtelette se roule dedans mais voit bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Le bateau n’est pas parti de Baku à cause de la tempête. On s’apprête donc à attendre plusieurs jours que le vent se calme. Advienne que pourra !

10 COMMENTS
  • Martine
    Reply

    Côt Côt est de plus en plus belle! Bravo pour tout! et encore Merci pour le partage.

  • Johanna
    Reply

    Je me suis régalée avec votre nouvel article, et la visite de Turkestan derrière les oreillettes-de-côtelette <3
    Bon courage pour l'attente du bateau ! (et attention aux chiens méchants là-bas, même si ils peuvent rien contre Côtelette Schwarzenegger, bien sûr)

  • Anita
    Reply

    Vous voilà repartis pour de nouvelles aventures , peut être moins d’exotisme mais des rencontres humaines toujours exceptionnelles.
    Bisous à vous 2 et à cot-cot

  • Florence
    Reply

    C’est super chouette de vous retrouver dans de nouvelles aventures. Hâte de voir où vous allez nous emmener ensuite !

  • Pascal
    Reply

    On nous ment, on nous manipule !
    Dans la première vidéo, certaines séquences sont datées du 1er janvier 2017, alors que vous n’êtiez pas encore partis !!! Encore un complot à démasquer 😉

    Sinon, c’est super, à défaut du trans-sibérien, ça vous fait un petit goût de voyage en train sur de longues distances 🙂

    Des bisous

    1. Stéphanie Couvreur
      Reply

      Merde, on est démasqués… XD

  • Christine
    Reply

    Il y avait tellement à lire que je n’ai pas été rapide pour laisser un commentaire :-0 Cocote 😉 prend de plus en plus de place. ..Bientôt c’est elle qui va nous raconter vos aventures! 🙂 gros bisous à vous et une lechouille à cot cot

  • Elisabeth
    Reply

    Merci mille fois pour toutes ces aventures que vous nous faites partager
    Plein de bises et une caresse à cot cot

  • Brigitte Couvreur
    Reply

    Ravie de vous retrouver au départ de nouvelles aventures et merci à Côtelette pour la visite de la ville mais j’avoue que j’ai eu un peu le mal de mer !!!
    Bonne route , bisous à vous 3!

  • Valérie
    Reply

    Extra toutes vos nouvelles et superbes photos et videos!! Et quelle star cette Côtelette! J’espère qu’elle n’aura pas eu de mal de mer, et vous non plus. Belles continuation et rencontres, et beau cheminement toujours.
    Bises frisquettes (mais encore positives) de Paris

Leave a Reply to Johanna Cancel reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *