En tandem sur la route de la soie

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Trucs et astuces

C’est quoi ce barda ? Le bricolage

Quand on ouvre cette sacoche en dehors d’un bivouac, ce n’est souvent pas très bon signe. Elle contient tout notre matériel de réparation, que ce soit pour le vélo (pompe, rustines, outils, plaquettes de freins, démonte cassette, câbles de vitesse, chambres à air, et même une roue libre avant !), pour les humains (pharmacie de compète grâce à ma maman), ou pour le reste (colle, nécessaire de couture, velcro, ficelle).

Pour l’instant, hormis le vélo, on n’a pas eu beaucoup de casse. On a eu quelques déchirures (mon pantalon de pluie et le sac rouge), des petits trous (sacoches, t-shirts et matelas) et quelques coutures de sacoches décollées. Hormis les vêtements que j’ai recousus, on a utilisé pour le reste du seamgrip, une colle imperméable hyper pratique. Pour les déchirures, j’ai ajouté un petit bout de “tenacious tape”, ça fonctionne très bien !

Dans cette sacoche, se trouvent aussi nos frontales, notre super filtre à eau et notre réchaud. Afin d’éviter la course aux bouteilles de gaz (introuvables dans pas mal de pays), on a investi dans un réchaud à essence (trouvé sur le bon coin quasi neuf !). C’est ultra pratique puisqu’il suffit d’une station à essence avec du sans plomb pour “faire le plein”. La société du tout voiture a au moins cet avantage pour nous : il nous est facile de cuisiner (on se rassure comme on peut…). C’est toujours assez rigolo d’arriver avec notre vélo dans une station essence, les pompistes ne comprennent pas ce qu’on fait là et cela donne des situations assez marrantes où on mime le fait de se faire à manger pour expliquer pourquoi il faut nous remplir ces bouteilles.
On est partis avec une bouteille de 0,3L avec laquelle on tenait 3 bivouacs si on ne faisait pas gaffe (poêlée de légumes, féculents, thé le matin…), Marie nous en a rapporté une autre de 0,6L ce qui nous permet une plus grande autonomie (en gros, quand la grande bouteille est vide, on se dit qu’on s’arrêtera quand on verra une station essence sans avoir besoin de chercher).
Les réchauds à essence sont réputés pour être capricieux (buse qui se bouche…), on n’a aucun problème majeur à signaler pour le notre. Claude le nettoie une fois tous les mois/2mois. L’inconvénient principal est qu’il peut sentir l’essence (d’où le fait qu’on le mette dans cette sacoche et non dans celles de nourriture), surtout quand un pompiste a insisté pour remplir lui même les bouteilles et évidemment en a fait déborder de partout…
Cette sacoche est bien remplie et je dois reconnaître que j’ai renoncé à apprendre la place précise de chaque objet, je laisse Claude mener cette tâche délicate qui aboutit 90% du temps à la fermeture de la sacoche (les 10%, il faut recommencer !).

Si vous avez des questions ou qu’un objet vous intrigue, on sera ravis de vous répondre ! 🙂
A bientôt !

Au jour le jour

Foot, voile et dromadaires

Bonjour !

Je vous écris ces lignes depuis un endroit fantastique. Nous sommes au milieu du désert entre Ispahan et Yazd dans un grand caravansérail abandonné. Nous allons y passer la nuit, l’endroit est magique… On ne peut s’arrêter d’imaginer les lieux tels qu’ils étaient il y a quelques centaines d’années, alors qu’ils fourmillaient d’activité et étaient remplis de caravanes… Clairement, la route de la soie, on y est !

Je laisse Claude vous faire visiter les lieux :

Comment en est-on arrivés là ? Retour sur ces 10 derniers jours.

Nous avons quitté Tabriz qui m’avait rappelé les écrits de Nicolas Bouvier (L’Usage du Monde pour ce.lles.eux qui ne l’ont pas lu). Pour rejoindre la capitale et commencer les démarches de visas rapidement, nous avons pris le bus.

Nous avons donc rejoint la gare de bus en vélo (toujours un petit défi de conduire un vélo dans une ville iranienne !). Un gars nous montre un bus qui va à Téhéran, on démonte le vélo sous le regard d’un groupe d’hommes qui commente chaque action que l’on fait. A ce propos, quand on est arrêtés en ville, on a maintenant l’habitude d’avoir des gens autour de nous qui observent le vélo. En général, il y en a un (pas la peine de préciser que ce ne sont que des hommes, non ?) un peu plus malin que les autres qui se met à commenter chaque partie/accessoire du vélo au reste du groupe. Mention spéciale au compteur et à la boussole qui sont toujours très admirés.

Une fois le vélo dans la soute, il nous reste 40mn avant que le bus parte, c’est parfait, cela nous laisse le temps d’aller acheter un dîner. On revient rapidement pour ne pas rater le départ (ce serait dommage que le vélo parte sans nous…). On monte dans le bus qui n’est pas très plein. On apprendra à nos dépends qu’en Iran, la plupart des bus ne partent qu’une fois qu’ils sont pleins, en pratique, on aura attendu plus d’1h30… Le chauffeur a essayé de nous faire des distractions en allumant le moteur après 30mn, se garant un peu plus loin après 45mn, se dirigeant vers la sortie du terminal de bus au bout d’1h… et pendant ce temps, des rabatteurs ramenaient au compte goutte quelques personnes, tandis que les passagers (dont nous) commençaient à s’agacer…

Depuis, on est devenus des pros des bus et on ne monte que dans des bus quasi pleins ! De manière générale, les bus sont assez spacieux, ce qui est agréable au vu des grandes distances à parcourir en Iran. Il est même courant qu’on nous distribue nourriture et boisson. Tout est suremballé par contre, ça fait mal au cœur… (on est très loin du zéro déchet ici :/ )

 

Une fois arrivés à Téhéran, ce.lles.ux qui nous suivent savent déjà qu’on a passé un certain temps à courir entre les ambassades. Je ne reviendrai pas dessus et me contenterai de vous raconter nos visites et surtout quelques impressions générales.

 

A Téhéran, nous avons eu la chance d’être accueillis par Hamid et Faeze, couple de warmshowers. Grâce à eux, nous sommes allés aux endroits populaires fréquentés par les iraniens, quelle belle expérience !

Nous avons ainsi passé une après-midi à Darband, au nord de Téhéran. La ville est collée à la montagne et des restaus se sont installés le long d’une rivière. C’est aussi le départ de chemins de randos (avec des pics à plus de 5000m), on a croisé de nombreux randonneurs locaux (et de ce fait, il est normal de croiser un randonneur dans le métro). Je crois d’ailleurs que Téhéran est la seule capitale où il est possible de rejoindre une station de ski depuis la ville (évidemment pas en cette saison !). L’ambiance était très sympa, c’est un lieu de promenade pour les citadins.

Comme vous pouvez le voir sur les photos, il n’y a pas de table à proprement parler. Nous nous installons sur un tapis et mangeons par terre. C’est la façon traditionnelle de manger et est toujours très pratiqué, encore dans les familles. De grands tapis sont toujours présents dans les maisons, on sort une nappe, la met par terre et on s’installe autour. On s’y fait bien et c’est plutôt pratique si on n’a pas de table assez grande par exemple. Si au retour, on vous invite à la maison et que vous mangez par terre, vous ne serez pas vexés ! 😉

Un homme qui nous avait aidé à traduire le menu m’a indiqué que je pouvais enlever mon voile si je le souhaitais. En effet, en regardant attentivement autour de moi, j’ai vu (avec un plaisir non dissimulé) que plusieurs femmes avaient fait tomber le voile, oubliant les obligations islamiques le temps d’une après-midi.

A ce propos, comme vous pouvez l’imaginer, je n’ai pas beaucoup de plaisir à me plier au dress code islamique imposé.

Mon port du voile est assez laxiste, je laisse souvent les 2 pans pendre de chaque côté de ma tête sans bien cacher mon cou… Je vois bien que cela ne plaît pas toujours et le remet quand je dois parler à des hommes. Quand il faut faire des choses qui impliquent du mouvement (ranger les affaires, monter la tente…), je me cache souvent les cheveux avec un buff (tube de tissu en coton), c’est bien plus pratique que le voile qui, quoi que je fasse, se retrouve au milieu de mon visage (comment ça, le voile gênerait-il les femmes dans certaines activités?!).

Côté habits, j’avais cru trouver le bon plan en trouvant une chemise XXL en Turquie que je ne portais qu’avec ma brassière. Cependant, on m’a fait remarquer que ça n’allait pas, elle est trop transparente et il est possible qu’on voit un bout de ma peau entre les boutons… du coup, je dois porter un t-shirt par dessous. Autant vous dire que je meurs de chaud ! Je la porte maintenant (plus ou moins) ouverte sauf quand je dois aller au bureau de l’immigration iranien où le garde à l’entrée me demande de boutonner tous mes boutons, ce, en s’excusant et en précisant que ce sont « leurs » règles.

Avec toutes ces couches, j’ai l’impression d’avoir chaud mais j’ai bien conscience que ce n’est rien à côté des femmes traditionnelles iraniennes qui accumulent les couches amples jusqu’à porter un chador noir… je ne sais pas comment elles font…

Depuis qu’on a repris le vélo, j’ai adopté une nouvelle technique, je me suis transformée en… garçon !! Des iraniens m’ont conseillé de faire ça, il n’est pas usuel pour une femme d’avoir les cheveux courts et le vélo est surtout réservé aux hommes. Il ne fallait pas me le dire 2 fois, j’ai enlevé mes boucles d’oreilles et ose maintenant être en t-shirt sans voile. Quand on entre dans une ville, je remets ma chemise, mes cheveux restent cachés sous mon casque donc ça passe encore… (et je remets le voile au besoin)

Le gros inconvénient est qu’on a la chanson de Mylène Farmer en tête depuis 3 jours ! 😉

Du côté des iraniennes, le port du voile se décline de toutes les façons : du voile le plus serré sur lequel est ajouté un grand chador noir, jusqu’au voile porté très à l’arrière de la tête sur le chignon. Comme vous pouvez vous en douter, cela varie énormément selon où on est… En ville, il est courant de voir des femmes très apprêtées/maquillées avec un voile qui ne cache pas beaucoup de cheveux alors qu’en campagne, le chador est de rigueur. Ce dernier est un grand voile noir qui se porte par dessus le voile habituel et les habits. Il n’est pas fixé et les femmes sont obligés de le tenir à la main. Ce n’est guère pratique… Quand, au bazar par exemple, elles ont besoin de leurs 2 mains, il est courant de les voir tenir leur chador avec… les dents ! Parler ou utiliser ses mains, il faut choisir…

Dans certains quartiers riches et parcs de Téhéran (dans des lieux publics donc), on a vu des femmes sans voile ! J’en étais ravie !! Bravo à toutes ces femmes qui ont le courage de sortir sans voile ! C’est un acte politique en Iran, certaines sont en prison pour cela. Le mouvement s’amplifie notamment et est relayé sur les réseaux sociaux, j’espère de tout cœur qu’il aboutira à la fin de cette interdiction ! (et évidemment de manière plus générale à plus d’égalité entre les femmes et les hommes…) Petite précision : je ne me positionne pas contre le voile mais bien contre l’obligation de porter le voile. On a bien vu que certaines femmes ne souhaitent pas le porter, elles devraient être libres de leurs choix, de le porter ou non. Je ne suis pas non plus partisane de l’interdiction du voile, comme on a pu en débattre en France. J’estime par exemple qu’il vaut mieux que l’Université soit ouverte aux femmes voilées plutôt que de les exclure.

Je dois reconnaître que je suis par contre intimement convaincue que dans une société réellement égalitaire et où le patriarcat n’existerait pas (ce qui impliquerait aux religions de pas mal évoluer sur leurs interprétations des textes…), je ne crois pas au fait que de nombreuses femmes feraient le choix de porter le voile.

Une autre remarque sur l’apparence des iranien.ne.s, on est impressionnés du succès de la chirurgie esthétique ici ! On ne cesse de croiser des jeunes femmes et jeunes hommes avec le nez couvert d’un pansement ! (et encore, on n’est pas encore assez aguerris pour reconnaître un nez refait) Apparemment, il existe même un tourisme médical dédié !

 

Un soir, nous sommes sortis avec Faeze et Hamid près du « Nature bridge », lieu de sortie nocturne de la capitale. Avant de vous en dire plus, je dois préciser que les iraniens vivent la nuit (quand le thermomètre commence à descendre). Il est tout à fait normal pour une famille avec enfants de dîner vers 23h, avec nos habitudes françaises, ça nous a surpris !

Nous avons donc rejoint un parc rempli de familles en train de pique niquer, fumer la chicha, jouer au badminton… il y avait des enfants partout, ils s’éclataient à jouer dans les fontaines. Il y avait même une scène avec un one man show et des jeunes (hommes) qui dansaient dans les gradins. L’ambiance était très conviviale ! Nous avons été marqués par un grand brassage : toutes les générations étaient présentes (ce n’est pas en France qu’on verrait une mamie manger une pizza à minuit avec sa petite fille dans un parc!) et aussi tous les styles : on a vu une femme en chador jouer au badminton avec son fils, des jeunes femmes en jean, haut près du corps et voile très bas… Ce mélange faisait plaisir à voir !

Nous avons vraiment passé de très bons moments avec Faeze et Hamid. Pour vous dire un peu plus sur eux, Hamid est ingénieur en bâtiment et Faeze étudiante en architecture. Ils se sont rencontrés de manière « traditionnelle », c’est-à-dire par l’intermédiaire de leur famille. Cela semble encore très courant en Iran, tous les Iraniens à qui nous en avons parlé se sont rencontrés de la sorte, il est même courant que les cousin.e.s se marient entre eux ! Tous les deux pratiquants, ils forment un couple moderne et étonnant : Faeze est ceinture noire de karaté et pratique le volley ball à haut niveau ! Pourtant, son mari ne l’a jamais vue jouer puisque les hommes sont interdits de stade quand les femmes jouent (sans voile).

Pour passer du bon temps ensemble, rien ne vaut de partager des repas. On s’est régalés de la cuisine de Faeze, en retour nous avons fait des crêpes et le plat préféré des français… un couscous ! Nous avons appris à jouer (et à perdre) au backgammon, nous avons soutenu l’équipe française pour les 1/4 et 1/2 finales et avons beaucoup ri en voyant la censure iranienne contre les décolletés dans les films étrangers (un haut noir rajouté au crayon, des gros plans étonnants, une plante qui apparaît comme par magie au milieu d’une porte…). Nous avons aussi beaucoup discuté de sujets sociétaux, de politique, d’écologie… Nos avis divergeaient parfois mais c’était toujours très riche !

A propos des sorties, l’alcool étant interdit ici, nous buvons de la « bière islamique » ou encore des « mojitos islamiques » (islamique = sans alcool). De ce fait, il est tout à fait normal de voir un enfant avec un verre de « bière » à la main ! En pratique, nombreux iraniens contournent l’interdiction en faisant leur propre alcool. Nous avons ainsi goûté une « vodka » maison, sauf qu’en discutant avec le gars qui l’avait faite, on a réalisé qu’il avait réinventé la recette du calva ! Un autre iranien nous a expliqué qu’il était plus facile de trouver en Iran une marque spécifique de bière plutôt que d’eau minérale : il suffit de demander à son dealer qui trouve toutes les bières possibles et imaginables !

 

Pour vous partager notre expérience de Téhéran, je suis obligée de vous parler des transports. La ville est gigantesque donc se déplacer à pied est vite limité. Quant à notre vélo, nous ne voulions pas le prendre et devoir le laisser dans la rue.

Pour nous balader, nous prenions le métro. La première fois que je l’ai pris, j’ai eu un petit choc en m’apercevant que j’étais la seule femme de la rame… Les femmes ont en fait des wagons réservés et le reste du métro est « mixte ». En pratique, seules les femmes en couple y vont. Cette pratique m’interroge. Je sais que dans certains pays, des féministes se sont battues pour avoir ce type de wagons pour éviter les agressions sexuelles (petit rappel, en île de France, 100 % des femmes se sont déjà faites agressées dans les transports). Je reste cependant gênée par une telle pratique, je ne suis pas sûre qu’à long terme, cela fasse évoluer les choses dans le bons sens… Ce n’est pas aux femmes de se protéger en s’isolant mais aux hommes de changer leurs comportements ! Et pour un peu de débat, un article sur le sujet.

Ca me rappelle d’ailleurs quand un iranien a commencé à m’expliquer que le voile était fait pour « protéger » les femmes. Les protéger de quoi ? Des pulsions des hommes qui ne savent pas se contrôler ? A quand une action sur eux et non sur les femmes ?! Rahlala, vraiment, ça m’agace ce genre de discours… (comme vous pouvez le voir, les occasions d’agacements ces dernières semaines ne manquent pas 😉 ).

A part le métro, pour traverser la ville rapidement entre les ambassades, nous avons pas mal utilisé Snapp, l’uber local qui nous évitait des altercations avec les taxis. Nous avons en effet eu du mal avec ces derniers : ils ne parlent pas anglais, ne savent pas lire une carte (déjà ça commence mal pour nous qui ne savons ni écrire ni parler le farsi…) et surtout… ils ont la mauvaise tendance de changer leur prix en cours de route. Du coup, on est descendus plusieurs fois de taxis !

En tant que piétons, on a appris à traverser les routes à l’iranienne. Imaginez une 3*2 voie bondée et… lancez-vous avec un petit signe de main à la rigueur ! Oui, oui, c’est comme ça que ça fonctionne et on est restés entier !

Quand nous avons dû traverser la ville à vélo, ce n’était guère mieux… On a par contre bien rigolé avec les comptes à rebours des feux qui restaient parfois bloqués sur un numéro (10, 9, 8, 8, 8, 8, 8, 8, 8, 8, 7, 6…)

 

Côté visites, nous sommes au palais Golestan qui nous a déroutés par son kitch absolu. Les photos parlent d’elles-mêmes.

Nous sommes allés au bazar un vendredi, tout était fermé ! Nous y sommes retournés quelques jours plus tard, il grouillait d’activité, le contraste était saisissant !

Comme nous devions attendre que la Chine s’occupe de nos visas. Nous avons fait un petit séjour à Ispahan où nous avons rencontré Alireza, Fati et Messoume via warmshowers. On a passé d’excellents moments avec eux !

La ville d’Ispahan est juste sublime. Nous avons découvert la place principale en arrivant la nuit. Là encore, elle était remplie d’iraniens qui y pique niquaient et passaient la soirée. C’était ma-gique !

Le lendemain, nous nous sommes baladés et avons visité plusieurs des mosquées, c’était sublime !! (prenez le temps de regarder les photos, ça vaut le coup, on vous le garantit ! 🙂 )

Une fois revenus à Téhéran et les visas finis, nous avons récupéré notre vélo flambant neuf après une révision et nous sommes retournés… à Ispahan ! (les photos ci-dessous avec le vélo sont de ce 2nd passage)

En cherchant un hôtel après être arrivés tard le soir, nous avons été hébergés par Reza et sa famille qui nous voyaient perdus dans les petits rues d’Ispahan. Ils étaient eux aussi adorables !! J’ai joué aux petits chevaux avec leur fille et nous avons appris que la plupart des familles ont aujourd’hui un enfant ou 2 max, alors qu’il y a quelques années, les familles nombreuses étaient de rigueur pour soutenir l’effort de guerre… Reza avait 7 frères et sœurs !

Le lendemain, nous avons acheté quelques souvenirs pour notre famille pour faire un colis en France. L’idée est simple, les drones sont interdits en Ouzbékistan, il faut le renvoyer en France. Quitte à payer un colis, autant y ajouter de l’artisanat iranien (et c’est comme ça qu’on se retrouve à craquer pour un magnifique tapis!). Sauf que finalement, on vient d’apprendre que la poste refuse d’envoyer les drones (serions-nous des espions?!), on a donc payé un colis sans drone et des touristes français rencontrés à Varzaneh (Vincent, Diane, si vous nous lisez, merci encore!!) devrait essayer de nous le ramener en avion. Affaire à suivre donc…

Nous avons quitté Ispahan en fin d’après-midi, nous avons longé le fleuve (à sec) ce qui nous a permis d’admirer les nombreux ponts de la ville et traverser les parcs.

Le soir, nous avons eu la chance d’être accueillis dans une mosquée. On a réussi à éviter de se faire inviter à manger (on ne veut pas trop abuser non plus…) en commençant à cuisiner tôt !

On reprend le rythme de vélo, lever aux aurores pour un départ vers 7h. Nous avons ainsi rejoint la ville de Varzaneh où nous avons dormi dans une guesthouse (nous dormions sur le toit gratuitement, merci warmshowers!). La plupart des touristes étaient français et mine de rien, nous qui ne voyons habituellement aucun touriste, on était contents de pouvoir partager nos expériences de voyages. J’ai eu une bonne migraine le soir (petite insolation probablement) et nous avons repoussé notre départ au surlendemain. On a profité de cette journée de repos pour mettre à jour le blog et se promener dans la ville. Une particularité de Varzaneh est que les femmes portent un chador blanc, et non noir.

Dimanche matin, lever 5h pour affronter 65km de désert sans village jusqu’au fameux caravansérail de Khargusi. On était bien lourds avec toute l’eau qu’on avait prise, on n’était pas sûrs de trouver de la bonne eau sur place. On savait qu’il y avait des sources que l’on pouvait filtrer mais l’eau était très salée donc finalement, on ne s’en est servi que pour cuisiner et ce n’était pas plus mal. On aura quand même bu 16l d’eau à 2 dans la journée !

Cette nuit restera probablement dans le top de nos souvenirs. C’était incroyable de dormir dans cet endroit si chargé en histoire et au milieu d’un paysage désertique comme ça. Sans aucune pollution lumineuse, le ciel étoilé était magnifique.

On apprendra les résultats du match au petit matin, quand a la bonne surprise de retrouver Vincent, Diane et d’autres personnes de la guest house qui sont venus admirés le lever du soleil !

A bientôt !

Stéphanie

Trucs et astuces

C’est quoi ce barda ? L’électronique

Cette sacoche contient ce qu’on a de plus précieux : nos passeports ! On y a aussi mis tout l’électronique, ce qui est le plus attractif en terme de vols (le sac rouge est aussi précieux en terme monétaire mais une tablette est probablement plus enviable à voler qu’un duvet sale ! 😉 ). C’est la sacoche que l’on décroche et que l’on garde avec nous quand on va par exemple manger dans un resto et qu’on laisse le vélo dehors. (les cyclistes traditionnels ont des sacoches de guidons qui jouent ce rôle)

Quand on part un peu plus longtemps, on utilise l’accessoire d’Ortlieb pour transformer la sacoche en sac à dos. C’est hyper pratique. C’est ce sac qu’on utilise aussi quand on part se balader à la journée et que l’on laisse nos affaires à l’hôtel/chez nos hôtes. Cela nous évite d’avoir un petit sac à dos pliable en plus et de transférer les affaires, c’est bien pratique !
Pour alimenter ce blog, on a une tablette/ordi (surface 3 trouvée d’occasion, elle se charge en micro usb aussi ce qui évite de prendre un adaptateur supplémentaire) et un appareil photo. On a aussi on a une liseuse (génial !!) et un téléphone chacun (on s’en sert de gps notamment) qui ne sont pas dans cette sacoche. Pour charger tout ça, on a un chargeur rapide, quelques câbles usb, une batterie externe et un panneau solaire. La plupart du temps, la batterie externe nous suffit, on la recharge quand on dort en hôtel ou chez des hôtes. Le panneau solaire nous a été bien utile quand on est passés dans des coins un peu plus paumés où on faisait exclusivement du bivouac (sans accès à l’électricité donc). Il est hyper efficace et charge quasi aussi rapidement qu’une prise électrique en plein soleil.
En plus, on a aussi un drône (dji mavic air) qui nous permet de faire les vidéos. Pour lui, on a par contre été obligés de prendre un chargeur supplémentaire. On vient de s’en séparer, nos amis douaniers ouzbeks risqueraient de le détruire s’ils le voyaient. Vu qu’il y a des détecteurs au rayons x aux frontières, on ne préfère pas prendre le risque… Si tout se passe bien (on croise les doigts pour que la poste iranienne soit coopérative), on devrait le récupérer en Asie Centrale quand Baptiste et Marion nous rejoindront.

Trucs et astuces

Casse-têtes consulaires

Pour tous les voyageurs à vélo qui vont de l’ouest vers l’est, Téhéran est une pause obligatoire : il faut y préparer tous les visas pour la suite du voyage !

Notre séjour dans la capitale à iranienne a donc ressemblé à ça :

On  passé quelques heures sur la fabuleuse ressource que sont le forum et le site caravanistan pour tout préparer : imprimer les bons documents, faire les demandes dans le bon ordre pour ne pas rester bloqués 3 semaines à Téhéran ou pire, se faire chasser du pays avant que notre visa soit fini.

En pratique, voici un résumé de ce que l’on a fait :

Visa iranien

On vous en avait parlé, on l’avait obtenu à Athènes en Grèce.

Lettre de non objection pour le visa chinois

La Chine demande une lettre de notre ambassade pour pouvoir faire le visa. C’est la 1ère chose qu’on a faite, on est allés à l’ambassade française pour faire la demande (pas possible de faire la demande par mail). Attention, tout objet électronique est interdit dans l’ambassade et il n’y a aucun endroit pour laisser nos affaires. Heureusement, j’ai pu faire la demande pour nous deux et Claude est resté dehors avec nos affaires.

J’ai fait semblant d’avoir un programme très précis pour notre voyage en Chine (on faisait comme si on allait en Chine depuis Téhéran en avion) et n’ai pas pu donner une adresse en Iran. J’ai expliqué qu’on était hébergé par un ami, la fille de l’ambassade m’a demandé “j’espère que ce n’est pas couchsurfing ?!”, j’ai répondu “évidemment” que non, c’est un ami de longue date de Paris (hum hum…). Autre fun fact, elle s’étonnait de voir que nous étions nombreux à vouloir prolonger notre voyage de l’Iran à la Chine. Apparemment, elle n’a pas du tout conscience qu’on fait tous cette demande à Téhéran car c’est le seul moyen d’avoir un visa chinois sur la route… (et que l’on ne fera jamais ce que l’on leur a dit une fois le visa obtenu)

Le lendemain matin, la lettre est prête !

 

Photocopies et passeport

Après la lettre de non objection, nous avons passé un certain temps à trouver un photographe (hop le lien si vous avez besoin) pour faire des photos d’identité (avec et sans voile pour moi) puis faire une centaine d’impressions/photocopies…

 

Visa ouzbek

Arrivés à l’ambassade, il n’y avait pas grand monde, nous avons déposé notre dossier jeudi (photocopies passeport, visa iranien, photos et formulaire). On est revenus mardi, nos visas étaient prêts, ils les ont ajouté dans nos passeports sur place en échange de 110$ pour les 2. Un homme de l’ambassade nous a dit qu’à partir du 15 juillet, il serait possible de faire toutes les démarches en ligne.

 

Visa chinois

Avant de partir, Claude vous avait expliqué qu’on allait galérer à obtenir ce visa. Entre temps, les règles ont changé et l’ambassade chinoise s’est remise à délivrer des passeports avec 3 mois de validité (avant c’était 1 mois de délai pour rentrer sur le territoire chinois, ce qui est trop court pour notre mode de voyage escargot). Bonne nouvelle pour nous, nous avons donc pu faire la demande ! 🙂

Les choses se compliquent quand on voit la liste des justificatifs à apporter : billets d’avion, réservations d’hôtels pour chaque nuit (!!), relevés de comptes bancaires, justificatif d’assurance, itinéraire précis, lettre de l’ambassade… On a donc passé une après-midi à “réserver” billets d’avion et nuits d’hôtels pour un voyage de quasi 3 mois en Chine avec une excursion en Thaïlande entre les 2 (pour avoir un visa plus long avec double entrée). Si certains ont besoin de faire la même chose, voici l’itinéraire que l’on avait concocté (on s’est renseignés pour donner un itinéraire touristique crédible…). Pour les réservations, on a utilisé le site yatra.com qui permet de prendre un billet d’avion sans la payer de suite. S’ils ne reçoivent pas l’argent sous 3 jours, le billet est annulé. Pour les hôtels, on a utilisé booking et on n’a pris que des hôtels où il n’y avait pas besoin de payer de suite et où l’annulation était gratuite (sauf un où je me suis plantée… oups !).

Avec tout ça, on a déposé notre dossier jeudi, ils ont gardé nos passeports, on est allés payer 120$ à la banque en face et le mardi on a récupéré nos passeports avec les précieux sésames dedans ! Résultat : on a 3 mois pour entrer dans le pays et on a un visa de 50 jours avec double entrée (sachant que sur place, il devrait être possible de l’étendre si besoin). Note : on aurait du prévoir un itinéraire un tout petit plus long pour avoir un visa de 60 jours et non 50 (on pensait que c’était 30 ou 60).

 

Extension de visa iranien

Notre visa iranien est de 30 jours, nous aimerions rester quelques jours de plus dans l’idéal. Nous avons donc demandé une extension de visa. En théorie, elle est facile à obtenir quelques jours avant la fin du 1er visa. En pratique, un français avec qui on est en contact sur facebook s’est vu refusé son visa et nous voulions demander cette extension de visa 2 semaines en avance (on en avait besoin pour le visa turkmène…). Du coup, on n’était pas très confiants…

On est donc allés au bureau de l’immigration à Téhéran. Comme on a un visa demandé à l’ambassade et non obtenu à l’aéroport à notre arrivée en Iran, on doit aller non pas dans l’endroit où les touristes font leur extension mais là où les iraniens font leurs demandes.

C’était ubuesque, on a dû faire la queue pour récupérer un formulaire (là on a eu du bol et un mec nous en a apporté un), refaire la queue au même endroit avec les formulaires signés pour avoir le tampon du “big boss”. On est allés payer ce qui nous a permis de récupérer un dossier rose. Puis on est allés au bureau 5, la fille a rangé nos papiers dans le dossier rose et a collé un autocollant sur nos passeports. Elle nous a envoyé à la file 6 (à côté, et évidemment à chaque fois il faut faire la queue en essayant d’éviter que tout le monde nous passe devant), une autre fille nous a collé un autre autocollant sur nos dossiers puis … nous a renvoyé à la file 5 !! Autant vous dire qu’il y aurait quelques améliorations de process à faire ! 😉

Le lendemain matin, on a récupéré nos passeports avec 20 jours d’extension, parfait, ça nous suffisait ! 🙂

 

Visa turkmène

On arrive à la fin de notre périple administratif. Pour l’instant, tout s’est bien passé, on s’apprête à affronter le pire cauchemar de tous les voyageurs le long de la route de la soie : les turkmènes !!

Il est impossible d’obtenir un visa touristique sans prendre un tour et dormir dans des hôtels 4*, nous demandons un visa de transit de 5 jours. Pour l’avoir, il faut donc montrer le visa du pays suivant (Ouzbékistan dans notre cas) et donner les dates de précises de passage à la frontière (avec aucune possibilité de négocier, d’où l’importance d’avoir notre extension de visa avant).

Les taux d’acceptation des dossiers sont très variables et a priori, il n’y a pas de bonne raison d’être accepté/rejeté. Par exemple, des groupes d’amis ont 3 demandes acceptées et 1 refusée… Les voyageurs se refilent les “plans” : il semblerait qu’il soit mieux vu que les hommes soit rasés sur les photos, la lettre de demande devrait être manuscrite (je n’ai tellement plus l’habitude d’écrire à la main que j’en ai eu mal au poignet !  Et finalement… ils ont pris la lettre imprimée ^^)… On a fait les bons élèves et on verra bien ce que ça donne !

On attend maintenant la réponse. Si tout va bien, on récupérera notre visa à Mashad (à l’est du pays). Et si ça ne marche pas, on activera le plan B : aller à Baku, traverser la mer caspienne en Ferry jusqu’au Kazakhstan, ce qui impliquera évidemment d’autres démarches consulaires… chouette ! 😉

On croise donc fort les doigts !!

Mise à jour du 06/08/18 : finalement, on a appelé l’ambassade turkmène 10 jours après avoir déposé notre dossier et on a eu la confirmation que notre visa de transit était accepté ! On l’a récupéré à Masshad en quelques heures (il a tout de même fallu re-remplir le même formulaire qu’au dépôt de la demande). Tout s’est bien passé aux frontières. 🙂

Au jour le jour

De la Turquie à Tabriz

La dernière fois que nous vous avons écrit nous étions en Turquie, proches de la frontière Iranienne. Une chose très surprenante, la route autour de la frontière est complètement différente entre le côté turc et le côté iranien. Côté turc cela commençait par une montée afin de changer de vallée, ce qui nous permettait de rejoindre un cours d’eau et d’entamer une descente de plus de 1000m d’altitude ! Et vu qu’on descend doucement le long d’une rivière, ca nous prendra toute la journée 🙂

Côté turc on est sur une grosse route dans des vallées plutôt larges, pas d’arbres en vue mais il y a de la végétation et le paysage est plutôt vert. Côté iranien, la route est bien plus étroite, la vallée aussi, et les montagnes alentour sont raides et rocheuses.

Les quelques photos du côté turc:

Le passage de la frontière lui-même mérite d’être mentionné. Un immense bâtiment nous fait face, englobant la totalité de cette route immense mais, surprise ! Il n’est pas du tout terminé, et pour atteindre la frontière, il faut emprunter un minuscule chemin défoncé où tous les véhicules qui traversent se croisent. Il y a énormément de monde à la frontière, et l’organisation n’est pas très simple à comprendre. Comme toujours, des gens hyper gentils nous aident à passer par les bons guichets. Pour la sortie de Turquie, pas de chance, à cette petite frontière le garde ne connait pas le papier qui accompagne nos cartes d’identité. Après consultation de son supérieur, il nous tamponne joyeusement nos passeports… (on voulait éviter pour ne pas avoir de trace de notre passage en Turquie, cela simplifie les demandes de visa pour la Chine, théoriquement ils tamponnent le papier).
Ensuite, il s’agit de passer la frontière avant de rencontrer les gardes iraniens. Stéphanie est dirigée vers un petit couloir, pendant que je passe par une grille avec le vélo chargé.

Bonne nouvelle, tous les véhicules qui passent par là doivent vider leur coffre, et les passager passent par le couloir avec leurs bagages. Mais pour nous, pas besoin ! C’est toujours bien d’éviter les fouilles, surtout qu’on a un drone et qu’on a pas très envie d’expliquer que si, si, c’est légal.

Je me retrouve donc de l’autre côté, mais je ne sais pas où est Stéphanie, et il faut que j’aille donner mon passeport. Je dois alors laisser le vélo et entrer dans le bâtiment. Un homme d’âge moyen et qui a l’air important m’aide, principalement en dispersant les gamins qui s’intéressent d’un peu trop près au vélo pour que je sois à l’aise pour le quitter. Il me conduit au guichet, donne mon passeport au garde, et voilà comment on double toute la file de turcs qui attendent leur tampon. Je ne m’en réjouis pas, car je ne vois pas Stéphanie dans cette queue, et je ne compte pas repartir tout seul ! Heureusement, et tant qu’étranger j’ai droit à un contrôle médical au guichet d’à côté, avec un médecin (?) qui parle bien anglais. Avant de signer je lui explique que ma femme est quelque part, et hop, il fait signe à Stéphanie qui me rejoint et double aussi la queue ! Il nous pose quelques questions (du genre, êtes vous malades, êtes vous allés dans tels pays…), on signe, et il est temps de confier le passeport de Stéphanie au garde. Je récupère le mien, et je retourne auprès du vélo. Mais contrairement à ce que je pensais, Stéphanie ne semble pas me suivre !! En réalité, le garde fera passer le restant de la queue avant de s’occuper de son passeport, donc au final, on culpabilise moins, on aura attendu aussi 🙂

Nous voilà arrivés en Iran. Notre première expérience consiste à changer le restant de nos lires turques en rials iraniens. Alors là vous n’avez pas fini d’en entendre parler, on n’y comprend absolument rien ! (Après une semaine on a enfin saisi toutes les subtilités.) Malins que nous sommes, et munis d’internet, afin de ne pas se faire avoir nous regardons le taux officiel sur xe.com. On nous montre un certain nombre de billets, on explique qu’on en veut deux de plus, et hop on repart millionaires (1.2M). Contents de notre échange, on rouvre le porte monnaie plus tard dans la journée, et on se rend compte que le petit billet bleu qu’on pensait être de la menue monnaie est un billet de… 1M. Autrement dit, on a 2.2M de rials. Celui qui arnaquera un changeur de monnaie n’est pas né, il y a un truc louche.

Le truc louche, le voilà : il y a un taux officiel, fixé par le gouvernement. C’est celui qu’on trouve par exemple sur xe.com. Et puis ensuite, il y a le taux dans la rue, et là c’est la catastrophe. Actuellement le taux du marché noir est proche du double (!!) du taux officiel. Cela veut dire que la situation économique est tellement instable que les gens sont prêts à payer un premium de presque 100% afin de transformer leurs économies en billets $ ou €… Et comme le taux officiel n’est offert qu’aux entreprises gouvernementales, cela veut aussi dire que tous les produits d’import sont désormais deux fois plus chers pour les iraniens… Imaginez un changement comme celui ci en France, tout ça en 3 mois.

Bref, revenons à notre route de montagne iranienne. En Iran les voitures contentes ne se contentent pas de klaxonner, les gens s’arrêtent carrément sur le bas côté et nous stoppent pour nous prendre en photo et nous donner plein de choses ! On y gagne des fruits frais, des concombres, encore plus de fruits frais du jardin etc… Et impossible de refuser !!!

La grande ville la plus proche est un peu trop éloignée pour s’y rendre en une seule journée, on décide d’essayer de camper plutôt. Les bons emplacements ne sont pas nombreux, mais comme toujours quelqu’un va nous aider spontanément. On s’arrête dans un petit magasin afin d’avoir de quoi accompagner nos concombres et nos fruits (!), et le vendeur nous demande où on compte dormir. Il nous propose de rester sur le toit à côté de sa boutique. Parfait !

Il fait extrêmement chaud même tard dans la soirée, on inverse donc nos habitudes en dinant avant d’être douchés, afin d’éviter de transpirer dans nos pyjamas. Plusieurs personnes qui s’arrêtent à la boutique viendront nous parler, tous très gentils et qui insistent pour nous aider. L’un d’eux veut même absolument nous payer une nuit d’hôtel à Khoy, non seulement on ne peut pas accepter, mais en plus c’est la grande ville qui est trop loin pour nous.

Le lendemain, plus de soleil, plus de rencontres, plus de cadeaux ! C’est une journée de grosse route, avec pas grand chose le long de celle ci. Et en plus ça monte pendant un bon moment :/

Pour le déjeuner on s’abrite dans un village minuscule, pour le plus grand plaisir des enfants !

Dans l’après midi nous faisons une pause près d’une gare, et un policier un peu zélé viendra contrôler plusieurs fois nos passeports, nos visas, etc. On pense qu’il s’ennuie beaucoup… Mais en repartant, un autre policier, qui arrête des voitures et qui nous avait vu passer dans l’autre sens nous donne des abricots ! On peut donc dire qu’en moyenne nos interactions avec les forces de l’ordre sont neutres 🙂

Après cette pause on entame une longue descente bien méritée vers la ville de Salmas. C’est notre première ville Iranienne de taille moyenne, on est donc curieux de ce qui nous attend ! Le traffic en ville en Iran est assez particulier, le meilleur résumé est probablement de dire que “tout est permis”. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses, comme de voir un véhicule faire demi tour autour d’un panneau demi tour interdit, se trouver nez à nez avec des voitures qui roulent à contre sens, la priorité à droite n’existe pas, 1 cm d’espace vide autour d’un véhicule non plus.

On fait quelques courses en ville et comme il est bien tard, on décide de chercher un hôtel. Nous n’avons pas encore d’internet à ce moment là, et il n’y a rien d’enregistré sur osmand, donc on demande de l’aide à l’un des commerçants. Un des clients insiste pour nous emmener, on essaye d’obtenir de lui qu’il nous montre l’adresse sur la carte, mais malheureusement, ce n’est pas la première fois que ca nous arrive, il ne savent pas trop lire une carte et où l’hôtel s’y situe… On se retrouve donc à suivre une voiture obligée de rouler au pas devant nous, ce qui n’est conforable pour personne. En plus le calvaire durera longuement car l’hotel est tout à l’entrée de la ville ! Nous qui voulions acheter une carte sim ce soir là, c’est tant pis ! La prochaine fois nous finirons nos emplettes avant de demander de l’aide 🙂

Le lendemain est un vendredi, les magasins sont donc tous fermés, décidément la carte sim ca attendra 🙂 L’Iran est décalé de 1h30 par rapport à la Turquie, nous avons donc du mal à nous lever très tôt, c’est dommage car il fait extrêmement chaud en journée et nous aimerions bien partir au petit matin. Ce jour là nous suivons une grosse route, pas si fréquentée que ça mais assez désertique. Le village dans lequel nous comptions nous arrêter s’avère dépourvu de tout commerce, on fera donc notre pause sous la route (!) dans le lit de l’un des nombreux cours d’eau asséchés qui passent dessous. On est à l’ombre, et cela nous laisse le loisir de faire une sieste sans être dérangés.

 

Le soir, nous approchons de Tasuj, qui est une vraie ville, on est donc confiants pour le couchage ! Sur la route, encore une rencontre ! Nous faisons la connaissance de Mohammad. Il travaille à Téhéran mais la maison de ses parents se trouve ici. Il a beaucoup voyagé pour le travail et a souvent été hébergé spontanément, en particulier en Chine. Il tient à conseiller les touristes qu’il croise et dans notre cas, il nous propose de nous attendre à Tasuj pour discuter un peu. En arrivant à la ville, il est bien là et il nous informe qu’il n’y a pas d’hôtel ici, mais qu’on peut venir chez lui ! La générosité incroyable des iraniens n’a pas fini de nous surprendre, ce n’est que le début !

Sa famille habite dans un petit village au pied des montagnes magnifiques que nous avons observées toute la journée. Nous sommes ravis d’avoir l’occasion de nous en approcher ! Surtout que nous pouvons laisser le vélo dans un commerce de Tasuj, et qu’il nous emmène en voiture 🙂

Sur la route nous faisons un arrêt à l’un des jardins familiaux, il y a des centaines d’arbres d’une bonne dizaine de variétés ! Cerises, cerises acides, abricots, figues… Mohammad nous emmène ensuite dans leur village de Tupchi, où nous faisons la rencontre de sa femme et de sa soeur. Nous rencontrerons aussi son cousin, ses parents et sa tante qui viendra pour diner. La maison est magnifique, avec des grands volumes et entièrement recouverte de tapis. Le jardin est lui aussi riche d’arbres fruitiers qu’ils consomment au quotidien. Pour le diner nous découvrons avec joie le Ghormeh sabzi: viande cuite avec des herbes (persil poireau coriandre) et des pois chiches. La cuisine iranienne est beaucoup plus variée que la cuisine turque ! Les herbes et les légumes sont de retour, enfin !! Et même les kebabs sont meilleurs, la viande est marinée et est de meilleure qualité 🙂

Le lendemain nous continuons la route vers Tabriz, durant une partie de la journée nous longeons le lac d’Urmia, qui est presque asséché. Au moment du déjeuner nous nous arrêtons dans une ville qui fût une grande station balnéaire. Aujourd’hui, les plages sont devenues des déserts de sel, les arbres fruitiers meurent à cause du vent salin. Vous devinez pourquoi ? Parce que l’agriculture y puise trop d’eau et que le climat se réchauffe ! Vous pouvez voir sur wikipédia le gif suivant montrant l’évolution en 30 ans.

 

Pour la nuit nous ne parvenons pas à obtenir de planter notre tente dans des vergers, mais heureusement une ferronnerie (gardée toute la nuit !) nous ouvre généreusement ses portes ! Le gardien est extrêmement gentil, ils nous offre plein de choses (encore !) et nous partageons un thé avant de se coucher. Le petit jardin de la ferronnerie est charmant, tout le mobilier a été soudé sur place, il y des bancs qui se balancent, une grande tonnelle, un lit avec un toit (sous lequel nous poserons notre tente) et des balançoires. De nouveau, il y a des arbres fruitiers et un potager, et même un dindon de l’autre côté de la cour 🙂

Dernier jour de route pour Tabriz, avec une bonne partie de la journée sur une bonne grosse route pleine de camions 🙁 Malheureusement il n’existe aucune alternative, alors on prend notre mal en patience 🙂 Nous avons prévu de rester plusieurs jours à Tabriz, et grâce à Warmshowers nous avons trouvé une hôte. Pour la première nuit nous devons prendre un hôtel, mais nous pourrons retrouver Messi dès le lendemain midi !

Notre séjour à Tabriz est totalement sublimé par le fait d’être hébergés par Messi et Ali (et Nazani, leur fille de 9 ans), nous nous joignons à leur quotidien avec grand plaisir. Pour le premier déjeuner, nous rencontrons tous les étudiants du master d’anglais de Messi dans un restaurant du parc El Goli. Le soir, nous faisons un picnic en haut de la montagne la plus proche, le mont Eynali et le lendemain nous avons la chance de visiter ensemble les plus beaux endroits de Tabriz.

Je vous laisse avec quelques galeries de photos de Tabriz. Pour commencer, le bazar:

Les photos avec nos hôtes, le déjeuner, le picnic, et la visite de la ville. Ne manquez pas la mosquée bleue, magnifique !

Quelques photos avec Messi, Ali et Nazani, et d’un déjeuner typique : le abgoosh !

 

 

 

 

 

A très bientôt pour un autre post sur l’Iran, avec des photos encore plus belles !

 

 

 

Trucs et astuces

C’est quoi ce barda ? Manger

Pour la suite de cette série “c’est quoi ce barda” (si vous avez raté le 1er épisode, c’est par là), parlons peu, parlons bien, parlons… nourriture !

On a tout regroupé dans 2 sacoches (à l’exception près du réchaud qui se trouve dans la sacoche de bricolage).

Dans la première, on retrouve nos affaires de cuisine : popote et poêle (en inox pour éviter l’alu pas très bon sur la santé), couverts, tasses, évier, poche à eau, éponge et liquide vaisselle, huile d’olive, thé… Quand elle est vide, on utilise la popote comme stockage de féculent.
A ce propos, il nous arrive régulièrement de faire cuire trop de féculents le soir pour se faire une salade le midi suivant. Cette casserole est super pratique, elle se ferme (quasi) hermétiquement, pas besoin de tupperware en plus.

Dans la seconde sacoche, on y met toute la nourriture que l’on consomme. En général, on fait les courses tous les jours pour ne pas trop transporter. On achète beaucoup de frais (la photo n’est pas très parlante, c’était pendant un repos à l’hôtel) donc ça prend de la place ! On a quand même toujours une portion de rab de féculents, ce qui nous permet de quand même manger si on n’a pas trouvé sur la route (et c’est ainsi qu’on se retrouve à dîner un délicieux riz-bouillon cube-oignon). Avant de partir, j’ai préparé plein de petits sachets d’épices qui nous permettent d’agrandir notre palette culinaire.
Claude est devenu un maître du réchaud, on est très contents de ce que l’on mange, c’est bon ! Par contre, la présentation n’est pas toujours au top, ça ressemble souvent à un mélange féculents/légumes grillés quand même. 😉
Une autre particularité de nos repas est que nos portions sont assez grosses… ce qui semble être la règle pour tous les cyclistes. Sonia et Pirmin nous ont raconté qu’une fois, en camping avec des motards, alors qu’ils cuisinaient pour le soir, les motards leur ont demandé s’ils cuisinaient pour 2 jours… Ils n’en sont pas revenus quand ils les ont vus tout engloutir ! 😉
Cette sacoche est la plus vulnérable aux insectes qui ont tendance à vouloir venir dedans… Pour cette raison, on a choisi une sacoche qui se ferme par enroulement. Quand on voit qu’on est en terrain hostile, on fait attention à bien la fermer pour la garder étanche. Cela ne nous a pas empêché à plusieurs reprises de devoir la vider/nettoyer intégralement suite à des attaques de petites fourmis !

 

A très vite pour la suite ! (un post sur nos 1ères semaines en Iran en écriture !)